LGBT dans la pop culture : du cinéma jusqu’aux jeux vidéos

Introduction

Je n’ai pas l’habitude de recenser des œuvres à consulter, ayant en commun la même thématique ; mais il me semble que cela peut être utile, pour soutenir quelques communautés, qui, d’après moi, ne sont pas aussi représentées – ou épargnées de discriminations – que certains se plaisent à le croire. Peut-être reviendrai-je sur d’autres thématiques, pas uniquement en lien avec quelque minorité, au reste, j’ai décidé de commencer avec la communauté LGBT (Lesbiennes, gays, bi et trans).

Comme tant d’autres communautés, même si les LGBT sont de plus en plus représentés au cinéma, ou sur d’autres médias, ils souffrent encore de problèmes de représentation moins anodins qu’on peut se le figurer. D’une certaine façon, les LGBT sont loin d’être encore suffisamment représentés, si l’on se fie à la foule de gens, du moins en France, qui ne sont pas familiarisés avec cette communauté, d’une façon ou d’une autre. L’incompréhension, la peur, mènent aux préjugés et aux discriminations. Vous connaissez la chanson, aussi ne vais-je pas revenir là-dessus. Et pourtant, une sur-médiatisation pourrait provoquer le même effet indésirable. La solution réside sans doute dans le fait de trouver le bon dosage, et ce plus dans la façon dont sont insérés ces personnages, qu’au niveau de leur quantité.

Combien de personnages LGBT – quand il ne s’agit pas d’œuvres entièrement dédiées à cette communauté – ne sont là que pour être le personnage LGBT de service ? Ce n’est pas parce que monsieur est gay que toutes ses scènes, ou toutes ses problématiques, doivent tourner autour de cela. Bien sûr, je caricature, mais il me semble que ça ne fait que quelques années que certains personnages ont des genres ou orientations variés, sans que cela n’influe forcément sur l’histoire. On peut aussi déplorer le fait que ces thématiques ne trouvent pas de juste milieu, au niveau du registre. Il faut faire attention, car les œuvres « comiques » et très caricaturales, sont légion. On compte aussi un nombre considérable d’histoires – fictives ou non – où tout est vu en noir. Rappeler la souffrance – souvent réelle – éprouvée par certaines communautés est nécessaire, mais ne faut-il pas aussi apporter de l’espoir et de la relativité aux membres concernés, ou même aux « curieux » ? Pour finir, et ce même si ça me dérange moins que d’autres, dans la mesure où certains choix de casting sont légitimes ; on peut déplorer que les rôles de LGBT soient très souvent confiés à des personnes hétérosexuelles, ou cisgenres. Hélas, cela est souvent plus une problématique de marketing et d’argent, que sociale.

Malgré ces travers à corriger – et il y en a probablement d’autres – on ne peut que se féliciter du fait qu’une communauté soit de plus en plus représentée sur différents supports. Quels que soient les défauts d’une œuvre, hormis s’ils sont excessifs, il faut admettre que familiariser le grand public avec une minorité, qu’elle qu’elle soit, ne peut être un mal. De même, il y a assurément bien des jeunes – et moins jeunes – qui sont soulagés de trouver plus d’histoires, ou personnages, auxquels s’identifier, dans la pop culture.

Je me permets donc de partager avec vous quelques films, séries, chansons, jeux vidéos et autres œuvres, qui accordent une certaine place à la communauté LGBT, et que vous pourriez découvrir, si vous êtes intéressés, pour une raison x ou y, par le sujet. Je ne suis pas particulièrement fan de catégorisation ou de stigmatisation : ces œuvres sont pour la plupart bien plus que de simples œuvres LGBT, et devraient intéresser n’importe qui, au-delà du fait qu’un tel ou un tel soit gay. Mais soyons honnêtes, vous ne lisez sans doute pas cet article par hasard, et venons donc au cœur du sujet, en abordant des œuvres plus classées par thèmes que par genres. Naturellement, certaines œuvres auraient pu être citées à plusieurs endroits. La liste est non exhaustive et arbitraire ; je vous invite vivement à la compléter, dans les commentaires. (Je ne me base par exemple que sur des œuvres abordant directement ces sujets, et non sur des artistes étant eux-mêmes LGBT, ainsi que leurs productions ; ce qui serait tout aussi intéressant.)

1. Le travestissement

Il me semble pertinent de débuter le tour d’horizon avec cette thématique qui est proche, et très éloignée à la fois, de celle qui nous préoccupe. Ce rappel est plus destiné aux novices qu’autre chose, mais il serait temps d’en finir avec l’amalgame travestis/homosexuels/transgenres. Cette liste comporte, peut-être plus que d’autres, des œuvres que je ne conseille pas forcément, mais qu’il me semble important de mentionner, pour illustrer mon propos, ou ne serait-ce que, parce que d’une façon ou d’une autre, elles ont marqué la mémoire.

Des films comme La Cage aux folles (1978) ou Le Père Noël est une Ordure (1982) sont drôles, à plusieurs égards, mais pas particulièrement flatteurs pour la communauté, même s’ils sont excusés par leur époque. Ils encouragent l’amalgame dont j’ai parlé et représentent des personnages tout à fait caricaturaux. Une fois qu’on l’a compris, rien n’empêche de les apprécier, bien au contraire ; mais malheureusement, je gage que certains spectateurs prennent ces représentations pour proches de la réalité. Le travestissement est après tout lié, à bien des égards, au monde du spectacle, voire de l’humour, mais pas toujours.

On peut très bien se travestir en étant parfaitement hétérosexuel et cisgenre. Je vous laisse constater par vous-même le nombre de films qui abordent le travestissement, et qui sont dans ce cas. On peut citer la comédie pour enfants Madame Doubtfire (1993), ou son prédécesseur Tootsie (1983), dans lesquels deux hommes (joués par Robin Williams et Dustin Hoffman) choisissent d’incarner un personnage féminin, à l’insu de tous, pour des raisons sociales : se rapprocher de ses enfants pour l’un, ou trouver du travail, pour l’autre. Disney a aussi utilisé cette problématique, avec plus de sérieux. Je profite d’ailleurs d’évoquer Mulan (1998) pour rappeler que : non, ce n’est pas parce que votre fille a vu Mulan qu’elle a envie de se travestir en garçon, et ce n’est pas parce que Disney a été tenté de faire de la reine des neiges une lesbienne, que votre fille se cherchera une petite amie. Pour en revenir à nos moutons, Mulan doit se travestir pour participer à la guerre et défendre l’honneur de sa famille, dans un contexte où les femmes n’ont pas les mêmes droits que les hommes. Ici, le travestissement sert une cause noble. C’est parfaitement le contraire, dans Psychose (1960) – ou la série Bates Motel (2013) – dans lesquels Norman Bates se travestit pour des raisons psychotiques, le jeune homme se prenant ni plus ni moins pour sa mère, lorsqu’il s’emploie à poignarder de jeunes femmes sous la douche. Je cite Norman Bates pour souligner que le travestissement n’a parfois rien à voir avec la communauté LGBT et sert d’autres fils de l’histoire.

Si je devais vivement conseiller un film où l’on trouve bon nombre de travestis, (bien qu’ils soient très proches de ceux de La Cage aux folles), je citerais Les Producteurs (adaptation d’une comédie musicale, sortie en 2005). L’humour est à la fois très caricatural est mordant, et le film sait aussi faire preuve d’ambiguïté, dans la mesure où la relation entre les deux personnages principaux, Leo et Max, peut inciter à s’interroger.

2. Relations homosexuelles

Il s’agit sans doute de la catégorie la plus vaste. C’est pourquoi je m’attarderai sur très peu d’œuvres, face à toutes celles qui existent. S’il est un point de l’univers LGBT qui est plus mentionné que les autres, ce sont certainement les relations gays, lesbiennes ou bisexuelles. Certaines œuvres en font, sans tabou, le point culminant de leur intrigue. Il y a parmi elles des films très réputés comme le Secret de Brokeback Mountain (2006) ou La Vie d’Adèle (2013), mais pour être honnête, je ne les ai pas trouvés particulièrement émouvants ou enrichissants. Je conseillerais davantage la bande-dessinée dont s’est inspiré La Vie d’Adèle : Le bleu est une couleur chaude (2010).

D’autres films basés sur ces relations sont des comédies (qu’elles soient efficaces ou non, à vous de juger). Parmi les comédies familiales sans aucune prétention, on peut nommer Quand Chuck rencontre Larry (2007), avec Adam Sandler. Les deux pompiers ne sont pas réellement gays, mais doivent faire semblant de l’être, pour un intérêt quelconque. En revanche, dans la comédie In and Out (1997), avec Kevin Kline, le personnage principal, d’abord victime d’un malentendu, découvre qu’il l’est réellement. Ces comédies n’apportent, à priori, rien au paysage LGBT. Si vous souhaitez rire, et avoir accès à quelque chose de plus raffiné et mordant, je pourrais vous conseiller la biographie Ma vie avec Liberace (2013), avec une interprétation étonnante de Michael Douglas, ou encore et surtout la série Vicious (2013) dans laquelle Ian McKellen et Derek Jacobi incarnent un couple très british et vieillissant, qui n’a pas la langue dans sa poche. Je pourrais citer bien d’autres œuvres, où des relations homosexuelles, peut-être moins mises sur le premier plan, sont notables : I love you Phillip Morris (2010), avec Jim Carrey, True Blood (2008), avec Lafayette (Nelsan Ellis) ou encore Russell (Denis O’Hare), Shameless (2011), avec Ian Gallagher (Cameron Monaghan), et ainsi de suite.

J’aurais tendance à vous conseiller des œuvres plus originales, comme la comédie musicale biographique et inspirée du Magicien d’Oz, de Todrick Hall : Straight Outta Oz, (2016), disponible gratuitement sur Youtube. La chanson d’introduction, No Place like Home, est cela soit dit en passant, fascinante. Enfin et surtout, la série incontournable est Queer as Folk (UK, 1999, et surtout US, 2000). Si la série, avant-gardiste, semble d’abord se focaliser sur les relations gays, avant tout charnelles, elle gagne en maturité, au même rythme que ses personnages ô combien attachants. Cela donne un panorama charmant, drôle, mais aussi parfois engagé et émouvant, de l’univers gay, même si la série est parfois aussi dans la caricature, à sa façon.

Enfin, j’aimerais dire quelques mots sur l’univers des jeux vidéos qui est, lui aussi, de plus en plus ouvert d’esprit. De nombreux jeux permettant au joueur de caser son personnage avec un pnj, (il s’agit donc surtout de RPG), laissent la liberté de séduire, épouser un homme ou une femme, quel que soit son propre genre. Je pense notamment à la saga Mass Effect (2007), à Fallout 4 (2015), pour ne citer que celui-ci, ou encore Skyrim (2011). En l’occurrence, cette liberté est anecdotique, n’a aucune influence sur l’intrigue du jeu, mais s’avère être la bienvenue.

3. Le traitement de la solitude

Bien des œuvres se focalisent sur autre chose que le couple gay, en tant que tel. Les films que je m’apprête à citer sont réputés, qu’on les aime ou non, et les personnages LGBT qui y figurent sont parfois seuls, ou frustrés. Je pense à l’excellent Little Miss Sunshine (2006), qui conte le road trip d’une famille originale, entre drame et rires. Frank (Steve Carell), est homosexuel, chômeur, dépressif, mais n’en parvient pas moins à remonter la pente, auprès de ses proches. Dans Mamma Mia (2008), Harry (Colin Firth) s’avère être gay, sans que cela ne perturbe l’intrigue outre mesure. On le voit auprès d’un jeune homme, ponctuellement, mais cette relation est purement anecdotique et n’incite en aucun cas sa fille, ou ses amis, à le considérer de façon différente. A Single Man (2009), toujours avec Colin Firth, est davantage un film (tiré d’un bouquin) sur le processus de deuil, que sur l’homosexualité en elle-même. L’intrigue n’est d’ailleurs pas faramineuse, mais l’interprétation de l’acteur principal, et la mise en scène, valent le détour.

L’intrigue où un personnage découvre son homosexualité, (sans que cela n’aboutisse à quoi que ce soit, si ce n’est principalement un cheminement personnel), qui m’a le plus impressionnée, se trouve dans la saison 3 de Gotham (2014). Il était délicat d’insérer cette thématique dans une série populaire, inspirée d’un univers qui l’est encore plus (Batman), et où l’on s’attire rapidement les foudres de certains puristes, dès que l’on adapte un personnage. En l’occurrence, l’homosexualité du Pingouin (Robin Lord Taylor) explique le personnage, sans le trahir. Je dirais même que cela le sublime. Il se retrouve face à des enjeux et conflits qui sont neufs et anciens, à la fois. Il demeure l’un des personnage les plus charismatiques de la série, et montre qu’un antagoniste culte, et même un univers très ancré dans la culture, peuvent accueillir une touche LGBT, sans être dénaturés d’aucune façon. Si le Pingouin demeure seul et frustré, cela est davantage une caractéristique élémentaire du personnage, qu’une conséquence de son homosexualité.

4. L’homosexualité suggérée

Je ne cache pas que j’ai une affection toute particulière pour cette catégorie. Dans ces œuvres, l’homosexualité est plus ou moins explicite, et renvoie le public à ses propres réflexions ou interprétations. Vous pouvez trouver cela flagrant dans certaines œuvres que je vais citer, et à raison si l’on se fie à certaines scènes ; au demeurant, la relation homosexuelle reste toujours en retrait, et n’a, semble-t-il, pas besoin d’être mise concrètement sur le devant de la scène, pour exister. Un bon exemple est Entretien avec un Vampire (1994), où deux vampires choisissent tout de même de passer l’éternité ensemble et d’adopter une fillette. Leur relation n’en demeure pas moins relativement platonique, visuellement parlant, sans compter que l’amour se mêle étroitement à la haine. Il peut sembler évident que tout le monde, ou presque, est gay, dans Le portrait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde, dont je peux mentionner l’adaptation de 2009 (encore avec Colin Firth, décidément). La relation entre Dorian et son mentor, Henry Wotton, est parfaitement ambiguë, et pourtant, rien ne tend à prouver qu’ils se désirent l’un, l’autre. Je choisis délibérément de ne pas parler littérature, pour ne pas m’éparpiller, mais dans cette adaptation, l’implicite est là pour de mauvaises raisons. Ils créent un personnage féminin de toutes pièces, la fille de Henry, uniquement pour flirter avec Dorian et essayer de le ramener sur le bon chemin. La manœuvre est peut-être simplement vendeuse, mais peut s’avérer offensante, au risque de gâcher complètement ce film qui avait pourtant des idées picturales intéressantes. Cela me fait penser à The Hours (2003) qui est, en revanche, excellent ; abordant l’ambiguïté de l’orientation sexuelle de Virginia Woolf (Nicole Kidman), avec beaucoup de subtilité, puisqu’elle est mariée avec Leonard (Stephen Dillane).

Il existe néanmoins des œuvres où l’homosexualité est très suggérée et implicite. Dans Rebecca de Daphné du Maurier, dont je conseille vivement l’adaptation avec Charles Dance de 1997 ; madame Danvers est littéralement obsédée par la défunte, Rebecca, et n’arrive pas à dépasser son chagrin, ou à tolérer la présence d’une nouvelle dame, à Manderley. Je peux mentionner Macadam Cowboy (1969) avec Dustin Hoffman et Jon Voight, où les deux personnages ne semblent pas s’avouer à eux-mêmes, qu’ils s’apprécient. Le film a beaucoup vieilli, ne le cachons pas, mais il reste bouleversant. J’ai également très envie de citer Jesus Christ Superstar (la comédie musicale filmée de 2012) où la relation entre le fils de Dieu et Judas est très équivoque, rendant cette adaptation de l’histoire biblique plus fascinante et enrichissante, que simplement railleuse. Je préfère terminer ce paragraphe ici, au risque d’aller très loin. Il ne faut certes pas confondre homosexualité suggérée, avec bromances ou gay ships en tous genres, bien que les limites soient souvent étroites.

5. Œuvres « engagées »

Évoquer ces subtilités m’amène à parler d’œuvres plus engagées. Ce terme est à manier avec précaution dans la mesure où je n’ai pas vu beaucoup d’œuvres réellement politiques, et encore moins de documentaires. Je garde pour ancre la fiction, la pop culture, dans cet article tout du moins.

Les premiers noms qui viennent à l’esprit sont des films comme Harvey Milk (2009), ou Philadelphia (1993). Le premier est un biopic sur un militant américain, et le deuxième un long-métrage évoquant les affres du SIDA. Dans la même veine, on peut citer Pride (2014), ou Rent (2005). Ces quatre films ont été encensés par la critique, me semble-t-il. Objectivement, on ne peut nier leurs qualités, et pourtant, je n’arrive pas à éprouver de l’affection à leur égard, ni à en garder des souvenirs impérissables. Il ne s’agit que de mes goûts personnels, mais en l’occurrence, même si j’aime plusieurs biopics, j’ai nettement plus de mal avec ces approches cinématographiques, peut-être trop réalistes et froides.

J’ai une préférence pour les œuvres plus intimistes et moins ambitieuses, paradoxalement. Je peux citer The Normal Heart (2014), quoique que ce téléfilm traitant des débuts du SIDA ait aussi un aspect très politique. Je peux citer Une Journée Particulière (1977), dans lequel les jeux de Sophia Loren et Marcello Mastrioanni, deux individus oppressés par le fascisme italien, m’avaient beaucoup ému. Entonnement, j’ai même de l’affection pour Le Placard (2001), où le personnage principal n’est pas vraiment gay ; au demeurant, malgré quelques maladresses, le film parvient à casser quelques préjugés et à militer, à sa façon, pour les gays. Je vous conseille vivement Prêtre (1994), avec Linus Roache, où le titre, ma foi, est révélateur. (Sans mauvais jeu de mots aucun). Il me faut aussi citer la série American Horror Story, qui, malgré ses caractéristiques fantastiques, horrifiques et sa popularité, accorde une place non dissimulée aux personnages LGBT. L’antagoniste principal de la saison 4, Stanley (Denis O’Hare) est gay, sans que cela n’influence l’intrigue. Dans la saison 2, la journaliste Lana Winters (Sarah Paulson) est internée dans un hôpital psychiatrique, dans les années 60, notamment pour être « guérie » de son homosexualité, et tant d’autres encore…

J’ai envie de terminer ce paragraphe avec quelques chansons qui, en quelques minutes seulement, militent pour cette cause avec brio, selon moi : Petit Pédé (Renaud, 2002), Je suis (BigFlo et Oli, 2015), et surtout Comme ils disent, de Charles Aznavour, sortie dans les années 70.

6. Entracte

Il y a quand même des œuvres que j’ai envie d’évoquer, mais qui sont plus difficiles à classer. Peut-être est-ce d’ailleurs ce qui fait leur charme. Je ne suis pas fan des Amants passagers (2013) de Almodovar, mais ce film (même si c’est une farce) est représentatif de l’univers librement gay, et d’ailleurs librement sexuel de ce réalisateur. Il existe d’autres comédies, plus mordantes qu’autre chose, comme Gazon Maudit (1995) avec Josiane Balasko et Alain Chabat, qui brise quelques tabous, même si le cliché de la lesbienne camionneuse répond à l’appel. J’ai en revanche beaucoup d’amour pour Tenue de Soirée (1986) avec Depardieu et Michel Blanc, où bien des répliques sont cultes, emplies d’humour noir, voire très provocatrices, même s’il est difficile de savoir comment interpréter la dégringolade de ce duo étrange.

Enfin, en guise de transition vers la thématique du transgenrisme (sans toujours aucun jeu de mots douteux), j’ai envie d’évoquer les chansons Tous les mêmes (Stromae, 2013) et Le grand secret (Indochine, 2002) où il est clairement question d’une ambiguïté des genres, mais plus au niveau de la forme, que du fond.

7. Le transgenrisme

Malheureusement, ce sujet est beaucoup moins vulgarisé que celui de l’homosexualité, du moins à mon sens. Pourtant, depuis quelques années, les personnes transgenres sont davantage représentées, dans la pop culture. Il s’agit, la plupart du temps, de MTF (Homme à femme). En vrac, je peux mentionner La mauvaise éducation (2004), le très bon Personne n’est parfait(e) (2000), avec De Niro ; les séries Sense 8 (2015), et Hit and Miss (2012)…

Il y a encore un défaut de dosage qui m’a marqué. Les femmes trans sont, d’après moi, représentées avec beaucoup trop de sensiblerie et de naïveté, dans des films comme Une nouvelle amie (2014), ou The Danish Girl (2016), qui a pourtant été récompensé aux Oscars. Dans Laurence Anyways (2012) de Xavier Dolan, c’est l’inverse, le personnage de Laurence est terriblement égoïste et sec, voire macho pour certains. Bien que ces défauts de dosage n’enlèvent pas les qualités sûres de ces deux derniers films, il y a un manque de crédibilité, peut-être dû au fait que ces personnages soient joués par des acteurs cisgenres. C’est aussi le cas dans la série Transparent (2014) où je peine à aimer le jeu de Jeffrey Tambor, dans le rôle de Maura. Au fil des saisons, on se rend compte d’ailleurs que c’est le moindre des défauts de la série, mais cela est une autre histoire. Et pourtant, j’ai la conviction que certains acteurs peuvent briller dans des rôles de trans, sans nécessairement l’être, ou que ces choix de casting pourraient être pertinents.

J’ai une affection particulière pour l’opéra rock Starmania (1978) où le personnage de Sadia (bien qu’elle chante « Travesti ») est sans doute une femme trans, et ce même si bien des mystères planent autour d’elle. Enfin, je ne saurais que trop conseiller la série Orange is the new black (2013), dans laquelle Sophia est jouée par une actrice trans : Laverne Cox. On la retrouvera d’ailleurs prochainement dans le remake de The Rocky Horror Picture Show. Pour en finir avec les MTF, il est un peu délicat de mentionner La piel che habito (2011), dans lequel un homme fait une transition, contre sa volonté ; mais ce film m’avait néanmoins bluffé.

J’ai aussi envie d’évoquer quelques œuvres axées sur les FTM (femme à homme), bien qu’elles soient plus rares. Mentionnons d’abord le film Boys don’t cry (1999), avec Hilary Swank, dans le rôle d’un homme trans qui se « travestit », sans avoir encore entamé sa transition. Le film est très sobre, mais néanmoins émouvant. L’ambiance n’est pas très éloignée de celle de Romeos (2012), qui, même s’il s’avère être un joli film, se concentre trop sur les problèmes rencontrés par les garçons trans, et pas suffisamment sur la libération qu’ils éprouvent, au fur et à mesure qu’ils progressent dans leur transition. Je peux encore faire un détour du côté des jeux vidéos, avec Dragon Age : Inquisition (2014) où un PNJ, du nom de Krem, se révèle être un homme trans, ce qui est, d’une certaine façon, très avant-gardiste. Notons que Les Sims, qui permettaient déjà de faire des personnages homosexuels, permettent désormais de créer des personnages trans, dans le quatrième opus, sorti en 2014. Finissons ce paragraphe, et même cet article, en évoquant le magnifique clip, publié par Ruby Rose en 2014 : Break Free.

Les Misérables en Concert | 2017

Bien qu’il ne soit guère utile de présenter les Misérables, le roman de Victor Hugo retraçant l’histoire de Jean Valjean, cet ancien forçat qui démontre qu’un homme peut aller au-delà de sa propre noirceur ou même des crimes légaux qu’il a enduré… Il paraît plus nécessaire de rappeler que les Misérables ont été adaptés en comédie musicale, dans les années 80, en France, avant de conquérir la scène londonienne (scène qu’ils n’ont jamais quitté depuis). Malgré ce succès phénoménal, les Misérables reste un spectacle relativement méconnu en France, pour les non initiés. Il y a bien eu une reprise de ladite comédie musicale, dans les années 90, à Paris, mais qui s’en souvient véritablement ?

Il y a au moins Phillipe Barreau, producteur de son état, qui confie ceci : « J’avais un rêve… Ressusciter la magie des Misérables en français, telle que je l’avais ressentie il y a vingt-cinq ans au Théâtre Mogador à Paris. Voici mon rêve devenu enfin réalité ! Et c’est avec beaucoup d’émotion que j’ai le bonheur de vous faire partager ce concert événement. »

La tournée du concert a commencé au début du mois de mars 2017, à Paris, et a encore quelques dates devant elle, avant de baisser le rideau, le 19 mars 2017, à Lille. Même si je ne savais guère à quoi m’attendre, il allait de soi que, en tant que fan, je ne pouvais me permettre de manquer une telle date. Revenons donc sur le concert déroulé au Dôme de Marseille, le 10 mars dernier.

Il ne faut certes pas s’attendre à une expérience similaire à la représentation de la comédie musicale, à Londres. Remplacez le confort de l’opéra italien par une salle où vous êtes entassés les uns sur les autres, sur des sièges trop étroits, y compris au niveau du parterre. Remplacez la rigueur anglaise par une salle de spectacle où l’on vous prive de votre bouteille d’eau à l’entrée, non pas par sécurité ou par respect des artistes, mais pour vous encourager à acheter du coca cola, et des pop corn, que l’on vous vend dans la salle, juste avant le concert, comme si vous étiez au cinéma. On notera aussi quelques micros mal réglés. Outre cela, le public a répondu présent et le spectacle était charmant.

Sans surprise, quand on connaît le témoignage de Phillipe Barreau, le concert paraît s’inspirer de l’adaptation française de la pièce, jouée à Mogador, en 1991. On retrouve les mêmes paroles, mais aussi les mêmes types de voix. Le choix des chansons mises en avant (dans les deux CD) est aussi considérablement le même. La production présente d’abord un narrateur devant son pupitre, ressemblant à Victor Hugo et contant l’histoire des Misérables, du destin de Jean Valjean et Fantine, à celui de Marius et Cosette, sans oublier Gavroche, les Thénardier, l’inspecteur Javert, et tant d’autres personnages qui ont marqué la culture. Pendant plus de deux heures, on assistera aux reprises de chansons magnifiques, dont certaines se sont frayées un nom remarquable dans la culture populaire : « J’avais rêvé », « A la volonté du peuple », « C’est la faute à… »,… J’ai de mon côté une préférence pour « Pourquoi ai-je permis à cet homme ? », « La confrontation », « Maître Thénardier », « Le grand jour », « Comme un homme », « Le suicide de Javert », « Seul devant ces tables vides »,… Somme toute, bien qu’elles soient portées par une nouvelle orchestration et de nouveaux chanteurs, chaque chanson se laisse écouter avec plaisir, voire émotion.

Malgré l’absence de mise en scène, la présence de l’orchestre sur scène, celle des chœurs, des costumes d’époque, mais aussi d’un jeu de lumières très pertinent, rendent le tout très immersif. Bien que l’on puisse regretter des jeux d’acteurs plus inégaux que les prestations vocales elles-mêmes, le casting se révèle excellent dans l’ensemble. Tous ont des voix remarquables qui se prêtent comme il se doit aux personnages incarnés, qu’il s’agisse de Xavier Mauconduit (Jean Valjean), d’ailleurs magnifique dans Comme un Homme, Ita Graffin (Fantine), Jean-Christophe Born (Marius), Christina Koubbi (la Thénardier), et les autres. Mon avis n’est pas objectif, car j’adore Javert, mais la prestation théâtrale (et non vocale) de Pierre-Michel Dudan est probablement moins convaincante. Jouer un Javert à ce point rigide et « maléfique » est sans doute un parti pris, mais je préfère lorsque l’inspecteur est présenté avec plus de finesse. Heureusement, la chanson finale de Javert a permis à son interprète de baisser d’un ton, dans le bon sens du terme, et de gommer cet aperçu trop manichéen du personnage. Enfin, j’ai assurément eu un coup de cœur pour Ronan Debois, dans le rôle de Thénardier. Il incarne, selon moi, le Thénardier le plus proche du roman de Victor Hugo et ce n’est pas un mince exploit. Bien que les autres prestations vocales étaient égales, voire plus puissantes, il est de loin le comédien le plus habité par son personnage, dans ce concert. Adieu le Thénardier un peu bouffon et très grossier de la version britannique… Ici, bien que les paroles gardent un potentiel comique, monsieur Thénardier conserve un certain raffinement dans la gestuelle, et une dangerosité perceptible dans le regard, comme en témoigne la vidéo suivante.

Somme toute, cette tournée de concerts vaut indubitablement le détour et on ne peut qu’espérer qu’elle saura réconcilier le public français avec cette comédie musicale magnifique, qui mériterait d’être davantage chantée – voire même jouée – en France.

Quelques conseils pour clore le mois de Février

« Passez votre chemin »

Candide ou l’optimisme au XXème siècle (1960)

Si montrer un film sur Candide à des élèves de quatorze ans est, sur le papier, une bonne idée ; la pratique peut parfois se révéler autre. L’idée initiale de ce film est astucieuse : transposer une intrigue après tout universelle au vingtième siècle, au cours de la seconde guerre mondiale. De plus, le casting est prestigieux, comptant notamment des cameos de Louis de Funes et Michel Serrault. Malheureusement, le film s’éloigne à la fois de l’histoire, et à la fois de l’essence du conte philosophique. Si certaines scènes restent pertinentes, d’autres aspects sont plus malaisants qu’autre chose, à commencer par le traitement du viol, ou le « blackface », bien que je ne sois pas particulièrement sensible à cela. Naturellement, le film est grandement excusé par l’époque durant laquelle il est sorti. Au demeurant, il n’a pas grand chose à offrir. (Oh, et les élèves sont de toute façon toujours heureux de regarder un film, plutôt que de travailler).

« Laissez-vous tenter (sait-on jamais) »

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (2017)

Vous connaissez sans doute cette histoire, qui est d’ailleurs bien moins ancienne que je me le figurais, dans la mesure où l’ensemble des tomes est sorti entre 1999 et 2006, grâce à la plume de l’américain Daniel Handler. Vous avez sans doute vu l’adaptation cinématographique de 2004, avec Jim Carrey, dans le rôle du Comte Olaf. Cette comédie m’avait laissé un très bon souvenir, même si j’ignore ce qu’il en serait, si je la voyais maintenant… Quoiqu’il en soit, Netflix propose une adaptation sérielle du bouquin, avec Neil Patrick Harris, dans la peau de Olaf, depuis début 2017. Si tous ces facteurs ne peuvent que rendre curieux, le résultat est malheureusement en deçà des espérances. Même si l’ambiance se veut emplie d’humour noir, ou encore inspirée de l’univers de Tim Burton ; le rythme est lent, et l’humour ni plus ni moins lourd. Vraiment, je ne vois pas qui cela peut amuser, en dehors d’enfants en bas âge, à commencer par le générique malaisant. Bien sûr, cette critique sévère est faite à partir du premier épisode. Peut-être que la série se bonifie avec le temps ou plaît à un public plus indulgent.

Batman Forever (1995)

Vous l’aurez sans doute compris, je revois, lentement mes sûrement, la plupart des adaptations de l’univers de l’homme-chauve-souris. Même si Batman Forever est la suite des deux Batman proposés par Tim Burton, il est réalisé par Joel Schumacher et s’en éloigne indubitablement. Je me rappelle l’avoir beaucoup vu dans mon enfance. De toute évidence, les grimaces de Tommy Lee Jones (Double-Face) et surtout de Jim Carrey (L’homme mystère) suffisaient à me distraire. Malheureusement, le film vieillit mal et ne saura séduire un public adulte, ou un tant soit peu attaché à l’univers de Batman. Même si les deux acteurs cités plus haut s’éclatent, ils ne rendent guère hommage aux personnages qu’ils sont censés représenter. L’intrigue, quant à elle, n’est pas crédible pour un sou. Certains partis pris, ou le jeu mono-expressif de Val Kilmer, dans le rôle de Bruce Wayne, rendent le film un tantinet gênant. Et pourtant, on se permet parfois de sourire ou d’être nostalgique…

« Vous pourriez vraiment aller voir ça »

Stranger Things (2016)

Stranger Things est une série de Netflix, composée de huit épisodes, qui a beaucoup fait parler d’elle, et en bien. Pour autant, je ne connaissais pas même la trame principale, et je l’ai entièrement découverte, lorsque je me suis enfin décidé à la regarder. Il s’agit de l’histoire d’une bande de gamins, dans les années 80, fans de jeux de rôles et du Seigneur des Anneaux. Une nuit, l’un d’eux disparaît, sans laisser de traces. Sa mère va tout faire pour le retrouver, et ce, même si des phénomènes inexpliqués arrivent chez elle. Parallèlement, les amis du petit garçon partent à sa recherche, mais tombent sur une fillette mystérieuse, dotée de pouvoirs surnaturels. La série ne cherche pas à être subtile lorsqu’il s’agit de faire vibrer la corde de la nostalgie, ou de l’hommage aux univers de Stephen King et Steven Spielberg. Au reste, cela fonctionne et elle propose un contenu de qualité, qui saura ravir les amateurs de science fiction. On peut dire que j’ai passé un bon moment, même si je n’en suis pas fan.

The Dark Knight Rises (2012)

Le dernier opus de la trilogie Batman, de Christopher Nolan, n’est étrangement pas aussi bien vu que ses prédécesseurs. Je ne l’avais vu qu’au cinéma, sans comprendre cet engouement plus critique ; et pour l’avoir revu récemment, je garde les mêmes positions. Même si le film souffre de quelques maladresses : on citera certains choix insolites de casting, ou quelques scènes un peu tirées par les cheveux (par exemple, lorsqu’on présente Catwoman comme une manipulatrice de génie, prévoyant tout et n’importe quoi, au cours de ses arnaques). Mais au delà de ça, le film est bien construit, beau et intelligent. Certes, il semble autant porté sur la philosophie que l’action, mais peut-on vraiment le lui reprocher, surtout aujourd’hui, où les explosions se déplacent plus vite que les neurones des personnages, à l’écran ? J’aime particulièrement le traitement de Bane (Tom Hardy), la chute qui l’entoure, et l’interprétation de Michael Caine, dans le rôle d’Alfred. Le film n’est pas parfait, mais il est de qualité. Je gage que Christopher Nolan a essayé de terminer sa trilogie, aussi bien que possible, malgré le décès de Heath Ledger (rendant le Joker inutilisable), et (probablement) la pression des producteurs. A voir, d’autant que l’on y retrouve des acteurs secondaires qui sont davantage sur le devant de la scène aujourd’hui, comme Ben Mendelsohn (Rogue One), Nestor Carbonell (Bates Motel), ou Aidan Gillen (Game of Thrones).

Straight Outta Oz (2016)

Ce film est un peu particulier, dans la mesure où il est entièrement musical, ne dure qu’une heure, et est visible, gratuitement, sur internet, sur la chaîne de son créateur Todrick Hall. Cette comédie musicale est un film auto-biographique dudit chanteur, ayant pour ambiance plus d’une thématique du Magicien d’Oz. On ne peut qu’en saluer la mise en scène très colorée et énigmatique à la fois, qui sert des chansons de qualité, du moins si l’on aime ce style de musique. Todrick Hall, avec une candeur voulue, revient sur ses rapports avec ses parents, sur l’attente que la société avait de lui, alors qu’il est homosexuel, ou sur sa carrière dans la musique. Même si l’ensemble est inégal, je trouve la chanson d’introduction « No place like home » ni plus ni moins fascinante. Jugez par vous-même.

Pinocchio (1940)

Enfant, Pinocchio était de ces Disney qui me mettaient mal à l’aise, même si j’ai aimé le voir, quelques fois. Mais comme je supportais mal certaines scènes du Bossu de Notre-Dame, pour mieux l’adorer, des années plus tard ; il m’a semblé pertinent de tenter l’expérience avec Pinocchio. Même si ce Disney ne comporte pas les personnages les plus attachants (quoique, je veux un Figaro), ni les musiques les plus mémorables, il n’en demeure pas moins très bon. Certaines scènes sont très dures, quand on les lit avec un regard adulte ; d’autant qu’elles arrivent à un enfant en bas âge. Mais au final, toutes ces mésaventures, servies par des personnages hauts en couleur, ne sont que des métaphores des choix et des événements centraux d’une vie. Au delà-de la morale évidente que transmet le long-métrage, il est une jolie image de ce que devrait faire un pantin pour devenir un vrai petit-garçon, et donc un enfant pour devenir un homme. (Du moins, dans les années 40).

« Allez-y les yeux fermés (enfin, on se comprend) »

Lost, Saison 1 et 2 (2004)

La fin de Lost a beau laisser des avis mitigés, n’oublions pas que cette série était un événement, à son époque. D’une certaine façon, c’était le Game of Thrones des années 2000. Je ne compare pas la qualité des deux séries mais leur influence sur le paysage artistique et sur le public. Alors que beaucoup moins de gens avaient accès aux séries américaines, Lost n’en demeurait pas moins suivie avec assiduité, par nombre d’entre nous, qui n’avaient de cesse de se demander quels secrets cachait cette île, et quel allait être le fin mot de l’histoire. Le reproche qu’on peut faire à Lost, c’est que les scénaristes ne cherchent que trop à jouer avec nous, et qu’il est parfois perceptible que certains ressorts de l’histoire ont été décidés, bien après la création de la série. Mais c’était une autre époque, qui n’a après tout pas été aidée par une grève massive des scénaristes, si vous vous souvenez bien. Pour en revenir à la série, elle ne conte pas simplement le « naufrage » d’un groupe de personnages sur une île coupée du monde, où se déroulent nombre d’éléments surnaturels. Il s’agit avant tout de l’histoire d’individus, à la psychologie très travaillée, qui apprennent à « vivre ensemble ou à mourir seuls ». En ce sens, la série est très philosophique, et j’aime particulièrement son montage. Nous découvrons le passé des divers personnages, au fur et à mesure qu’ils affrontent des épreuves sur l’île. Or, il y a toujours des échos entre ces analepses et le récit principal. En outre, adopter le point de vue de personnages très différents, à un moment ou un autre, rend le tout fascinant, dans la mesure où on se surprend parfois à apprécier davantage un individu qui paraissait tout à fait antipathique. Lost doit beaucoup à ses personnages et son casting, même si finalement, je n’ai jamais beaucoup aimé le duo composé de Jack et Kate. Par contre, j’adore Sawyer et ses sarcasmes, Locke et sa destinée, Hurley et son humour, Ben et sa perfidie, et tant d’autres personnages secondaires. La série propose une palette très variée de points de vue, de milieux, de vécus et d’origines différents, et c’est tout à son honneur. Malgré les reproches qu’on peut lui faire, l’intrigue est – surtout au début de la série – très bien ficelée, et rend la série prenante.

Batman (1989)

Batman est la première adaptation cinématographique vraiment mémorable du comic ; réalisé par Tim Burton, en 1989. Comme je l’ai déjà dit pour Batman : le défi, l’ambiance est saisissante, dans la mesure où elle concilie à merveille grotesque et noirceur. De la sorte, le film est visible par un public plus jeune, tout en restant très prenant et mature, pour des gens plus adultes. Même si cet opus a plus vieilli que sa suite directe, il n’en demeure pas moins un plaisir à voir et à revoir. Je suis absolument fan du Joker incarné par Jack Nicholson, dont les répliques sont toutes plus cultes les unes que les autres. A ce jour, du moins à mes yeux, jamais une interprétation du Joker ne l’a égalé.