Notre-Dame de Paris, un spectacle intemporel

Sauf mentions contraires (logo de Willows & Wildlings), les photos ont été prises par Julie Lagier.

Jouée pour la première fois en 1998, la comédie musicale Notre-Dame de Paris s’offre une nouvelle jeunesse, en France, depuis la fin d’année 2016. J’avais eu l’occasion de voir le spectacle à Paris, dont j’avais transcris mon avis, sur ce même blog. Le spectacle a connu de beaux jours à Paris, avant de faire une brève interruption, qui a notamment permis à une partie de la troupe d’aller jouer à l’étranger. La tournée de Notre-Dame de Paris reprend, en France, depuis peu, et j’ai eu l’occasion de constater l’évolution du spectacle, lors d’une représentation à Montpellier, le 15 avril dernier, au Zenith Sud.

J’ai déjà fréquenté cette salle, mais je ne m’attendais pas à être si peu proche de la scène (bien que la place demeurait respectable). Cela a eu le mérite de donner un aperçu plus global des tableaux proposés par la comédie musicale, bien qu’il devenait difficile de voir les expressions faciales des comédiens. Le son est un poil moins correct qu’au Palais des Congrès, et certains individus du public ont visiblement aussi peu de respect pour les autres que pour l’argent qu’ils ont placé dans ce spectacle, quand on constate que certains ne sont pas capables de se séparer de leur téléphone portable deux heures, ou que d’autres puristes se plaignent que ce show est différent du DVD vieux de 20 ans. Enfin ! Le moment était aussi magique que l’on pouvait s’y attendre, le public était globalement enthousiaste, et c’est bien l’essentiel.

Gringoire (Richard Charest)

Acte I : une nouvelle jeunesse

Le spectacle débute avec Le Temps des Cathédrales, chantée par le narrateur Gringoire, lui-même interprété par Richard Charest. Même si la voix de Bruno Pelletier était probablement plus envoûtante, Richard Charest propose un Gringoire un peu plus insouciant et pourtant plus complice avec les autres personnages ou le public. J’ai une vraie affection pour son interprétation du poète. Puis Les Sans-Papiers viennent envahir le parvis de Notre-Dame, et on découvre, avec un plaisir non dissimulé, des danseurs et acrobates plus agiles et investis que jamais. Ils sont bien plus expressifs et bruyants que dans la mise en scène originale, ou même la représentation à Paris, et ce parti pris rend l’histoire plus immersive. J’ai un peu regretté que Jay ne soit pas présent pour incarner Clopin, à qui il apportait une maturité appréciable, mais sa doublure, Jean-Michel Vaubien, s’en est sortie honorablement.

La présentation des personnages se poursuit, avec notamment Bohémienne, chantée par Hiba Tawaji. J’avais beaucoup de mal avec la Esmeralda très peu expressive, tant dans le langage du corps que dans son chant, de Helene Segara, et c’est d’autant plus un plaisir de voir Hiba Tawaji danser sur scène, et donner réellement une nouvelle vie à ce personnage. Son insouciance, sa joie de vivre sont très perceptibles, sans gâcher sa grâce, et cela ne l’empêche pas de se montrer plus mordante, par la suite du spectacle.

Esmeralda (Hiba Tawaji)

La comédie musicale se poursuit et il s’avère que Daniel Lavoie, l’interprète de Frollo, est le seul artiste à être applaudi quand il entre sur scène, pour La Sorcière. Je ne m’y attendais pas tellement, mais il est touchant de constater que le public se souvient de sa performance dans la première adaptation, et se réjouisse de son retour dans cette reprise au casting pourtant neuf. Comme je l’ai déjà souligné précédemment, le comédien chante de façon bien plus posée (ou moins lyrique) dans le premier acte, que dans le second. Est-ce une stratégie pour reposer sa voix, suite à des problèmes de santé non anodins, ou est-ce pour illustrer les bouleversements que subissent l’âme de Frollo ?

Outre les prestations excellentes des comédiens, qui, même s’ils ont – parfois- des voix moins uniques que le casting original, sont nettement plus immergés dans la peau de leur personnage, et plus rafraîchissants sur scène ; les tableaux certes abstraits du musical, sont plus esthétiques, au même titre que les costumes. J’apprécie énormément les modifications ou ajouts, qui sont parfois de l’ordre du détail, mais qui rendent l’intrigue plus fluide et ses différentes phases davantage liées entre elles. La mise en scène de Déchiré n’a pas tant changé, mais je la trouve plus dynamique, et il suffit parfois de cela pour mieux saisir le sens de ces tableaux abstraits ou des mouvements des danseurs. D’ailleurs, Martin Giroux propose, à mon sens, un Phoebus plus nuancé dans la mesure où l’on se demande davantage s’il n’a pas aimé véritablement Esmeralda, et renonce à elle, par devoir, ne serait-ce qu’à cause de la pression installée par Fleur-de-Lys (Idesse).

Le premier acte comprend plusieurs chansons phares, à commencer par Belle, qu’on ne présente plus. La chorégraphie de cette dernière n’a pas tant changé mais certains détails illustrent que Frollo est un des personnages qui a le plus évolué. Clopin menaçait de le frapper, lorsqu’il se mettait à genoux, auprès d’Esmeralda, lors de son couplet ; maintenant, tous les personnages s’agenouillent en même temps que lui, par respect pour ce prêtre dont ils ignorent tout de l’obscurité des pensées. Je regrette un peu qu’une transition de Frollo (Je sens ma vie qui bascule) soit désormais chantée par Quasimodo (Si tu pouvais voir en moi), d’autant que c’est pour amener la chanson Tu vas me détruire, une des hymnes célèbres du prêtre. Malheureusement, il y a eu quelques… couacs, durant cette performance. L’interprète de Frollo oublie quelques parole, ou perd le fil, durant le troisième couplet, et cela rompt l’immersion du moment. Heureusement, ce trouble n’est que passager, et le reste de la représentation demeure carré et irréprochable, comme nous en avons l’habitude. Le temps passe, par ailleurs, trop vite.

Frollo (Daniel Lavoie)

Acte II : l’émotion à son paroxysme

Le deuxième acte débute avec Florence, qui est un dialogue réfléchi, et quelque peu philosophique entre Gringoire et Frollo. Le premier moment bouleversant de la comédie musicale survient avec Être Prêtre et aimer une femme, durant laquelle Frollo ne ménage plus sa voix, et semble éperdu, dans son langage corporel, comme dans la représentation vocale des tourments de son âme. Cette nouvelle prestation de Être prêtre et aimer une femme donne des frissons, surtout au moment où Frollo, après avoir arraché son col romain, tombe à genoux sur scène. Cette déchéance prend paradoxalement des allures d’instant de grâce.

Les fans de Frollo ne sont pas au bout de leur peine, dans ce second acte, dans la mesure où La Visite de Frollo à Esmeralda et Un matin tu dansais sont également des passages poignants. Le « Je t’aime » hurlé par Frollo laisse difficilement indifférent, et Esmeralda elle-même est plus combative que jamais. L’amertume de Frollo et la rancune d’Esmeralda, ainsi accentuées, apportent un nouveau sens astucieux à cette interaction.

Ce qui est magique avec les spectacles sur scène, c’est que l’on se surprend à avoir des frissons pour des chansons qu’on n’appréciait pas plus que cela, sur CD ou même DVD. Je pense notamment à Libérés, lorsque Quasimodo permet à Esmeralda, mais aussi à tous les bohémiens de retrouver leur liberté. Je pense surtout à Dieu que le monde est injuste, chantée par Quasimodo. On mesure à quel point les paroles de cette chanson, qui monte en crescendo, sont universelles, et d’ailleurs, la prestation d’Angelo Del Vecchio est bien plus crédible et poignante que celle de son prédécesseur, à mon sens.

Il est impossible de ne pas citer la remarquable prestation de Vivre, ou le rire machiavélique (particulièrement réussi ce soir-là) de Frollo, au moment où la malheureuse bohémienne est pendue. Et puis le spectacle s’éteint avec Danse mon Esmeralda, qui transcende le public et lui apporte encore de redoutables frissons, surtout quand le dernier mot du spectacle est prononcé : « Mourir », alors que Quasimodo s’effondre auprès de la débouille d’Esmeralda.

Pour aller plus loin

Je n’aurai de cesse de le répéter, cette comédie musicale s’est sublimée, avec l’âge, tout comme le bon vin, et, s’il vous est impossible d’aller la voir, n’hésitez pas à vous procurer le CD qui devrait sortir le 5 mai 2017. Quelques rumeurs me font en outre espérer de tout cœur qu’un DVD et un Blu Ray verront le jour, à une date encore indéterminée. Pour finir, sachez qu’une page dédiée au blog a été ouverte sur Facebook, et que ce serait un plaisir de vous y retrouver.

Mass Effect Andromeda : un tollé mérité ?

Mass Effect : Andromeda est un TPS, et un action-RPG, développé par Bioware, et sorti en mars 2017. Il s’agit du quatrième opus d’une saga bien célèbre du jeu vidéo. L’histoire se déroule cette fois-ci environ 600 ans après, dans une autre galaxie, celle d’Andromède. Vous avez le choix d’incarner Scott ou Sara Ryder, et de devenir celui ou celle qu’on appelle le Pionnier : la personne à la recherche d’une nouvelle terre d’accueil pour l’humanité. Vous aurez alors l’opportunité d’explorer nombre de systèmes et planètes, pour y fonder des colonies. Mais vous devrez également combattre la menace représentée par une race alien : les Kerts.

Je n’ai jamais réellement eu l’opportunité de jouer aux Mass Effect dont j’avais entendu du bien (hormis peut-être la fin de l’épisode 3), aussi attendais-je avec impatience ce nouvel opus. Il faut dire que Bioware m’a donné d’excellentes expériences de jeux, entre les anciens Star Wars : Knights of the Old Republic, ou encore Dragon Age : Inquisition. Hélas ! Mass Effect : Andromeda me laisse un goût bien amer. Il va de soi que mon avis est subjectif, et de plus influencé par le fait que je n’ai pas eu la foi de tenter autre chose que l’intrigue principale.

Sara Ryder a… évolué.

Une série de bad buzz

Mass Effect : Andromeda a enchaîné plusieurs bad buzz, avant sa sortie. Les joueurs n’ont pas compris pourquoi les développeurs ont volontairement enlaidi le visage de Sara Ryder, et ont suggéré que cela était fait pour démontrer qu’une héroïne peut échapper aux canons de beauté standards. Cette tentative de féminisme n’a pas convaincu. Il me semble certes qu’on peut avoir du charisme, sans être foncièrement beau, et ce n’est pas vraiment le cas de Sara Ryder, n’est-ce pas ? Mais de toute façon, le joueur est entièrement libre de personnaliser les deux personnages principaux, dès le début du jeu.
Il y a aussi une polémique (ou plutôt une déception) vis-à-vis des personnages LGBT, alors que Bioware a souvent été aux petits soins avec eux. Je ne l’ai pas expérimenté moi-même, mais il semblerait que les possibilités de relations gays soient plus bâclées que les relations hétéros, ou qu’un personnage trans (certes secondaire) admette être trans dès qu’on l’aborde, ce qui paraît peu vraisemblable. Ce qui est bien avec Bioware, c’est qu’ils tiennent compte des critiques des fans, à condition qu’elles soient constructives, et envisagent de régler ces soucis, avec de futures mises à jour.
Ils ont d’ailleurs déjà tenté de mettre à jour le jeu, pour régler le problème qui a fait – de loin – le plus polémique. Les visages des personnages ne sont pas réalistes pour un sou, et leurs expressions faciales sont très artificielles, voire grotesques. Comme vous vous en doutez, la mise à jour ne fait malheureusement pas des miracles !

Avec son visage figé, ses lèvres mal articulées, sa voix monotone, et ses yeux exorbités, certains joueurs ont pris Addison pour un cyborg.

Finalement, qu’en est-il ?

Malgré toutes ces rumeurs, j’ai commencé le jeu avec plein de bonne volonté, avec la ferme intention de passer outre ces quelques erreurs de graphisme, mais… cela s’est avéré impossible pour moi. Même si les décors et certaines textures sont de qualité, ces visages de pantins, avec des lèvres qui bougent de façon aussi naturelle que celles de marionnettes, rompent, à mon sens, l’immersion du jeu. Il est impossible de prendre ces personnages au sérieux, ou de s’attacher à eux. On aurait pardonné cet écart si le jeu était sorti il y a quelques années, mais il me semble que c’est inadmissible, en 2017, surtout quand on compare avec les graphismes de la concurrence. Et ce qui m’agace, par dessus-tout, c’est que, comme pour le cinéma, les développeurs de jeux ont des dates butoirs de plus en plus serrées, et semblent se moquer de sortir un jeu bâclé, ou non fini, du moment qu’il est publié à la date prévue. Cela coupe net l’envie de dépenser 70 boules pour avoir un jeu neuf, quand on sait qu’il faudra de toute façon attendre on ne sait combien de temps pour avoir des mises à jour qui régleront les bugs éventuels !

En dehors de cela, je n’ai pas réussi à m’investir dans Mass Effect, et pour diverses raisons. J’ai trouvé l’ambiance relativement fade, ou plutôt froide. Comme je l’ai dit, il est difficile de trouver des personnages charismatiques, ou de se laisser prendre au jeu, surtout que les doublages (en tout cas en VF) ne nous y aident pas, non plus. Je ne peux parler que de l’intrigue principale. Je ne doute pas que l’interaction avec les PNJs, l’exploration de plusieurs planètes et quêtes annexes, doivent être intéressantes, mais ce que j’ai vu ne m’a pas donné envie d’aller plus loin. A mon sens, bien que les planètes aient toutes leur identité propre, le jeu est un peu redondant, et ne semble être qu’une succession de tâches à accomplir. Explorez. Tirez sur les robots. Sautez. Réglez ce problème avec Méridiane en explorant des ruines vastes et sans intérêt. Tirez sur les Kerts. Sautez. Les Kerts auraient pu être des méchants mémorables, quand on apprend qu’ils font nombre d’expériences génétiques sur les autres espèces, mais même cela est sous-exploité. Il faut dire que le « cliffhanger » final, si du moins on peut l’appeler comme tel, annonce une suite possible, comme un mauvais film d’horreur. Même au niveau du gameplay, le jeu m’a paru long et relativement difficile à prendre en mains. Ou du moins, cela nécessitait une patience et une curiosité que je n’ai pas réussi à avoir. Quant aux choix que vous faites, je ne doute pas qu’ils peuvent avoir de l’influence sur les personnages secondaires, notamment, mais il ne me semble – à aucun moment – pouvoir véritablement influencer l’intrigue principale. Au risque de me répéter, je souligne encore que cet avis est subjectif, qu’il peut probablement être amélioré si j’explore plus profondément le jeu ; il n’empêche que l’intrigue principale (qui dure quand même plusieurs heures) m’a plus rebuté qu’autre chose. Je ne peux décemment conseiller Mass Effect : Andromeda.

La Belle et la Bête : remake cupide ou histoire revisitée avec succès ?

La Belle est la Bête est un remake, en prises de vue réelles, du film éponyme de Disney, sorti en 1991. Le long-métrage narre, sous un jour nouveau, les aventures de Belle, jeune femme éprise de littérature et tout à fait incomprise dans le petit village français où elle vit, au 18ème siècle. Lorsque son père, un étrange inventeur, disparaît ; Belle part à sa recherche et le retrouve enfermé dans les cachots d’un vaste château où règne une terrible malédiction. Les objets y sont envoûtés et dotés de vie. Pis encore, une créature redoutable règne en maître sur les lieux. Belle choisit de prendre la place de son père et se retrouve à la merci de cette Bête, qui se révèle plus humaine et attentionnée qu’elle ne l’avait envisagé.

• Des histoires vues et revues

Mais était-ce bien nécessaire de rappeler l’histoire de ce conte bien célèbre, et déjà plusieurs fois adapté au cinéma ? Certains spectateurs sont excédés face aux multiples remakes ou suites proposés par Disney, ou d’autres grandes maisons de production. L’appât du gain, qui a toujours censuré, d’une certaine façon, l’inspiration artistique, semble plus que jamais inciter les studios à prendre le moins de risques possibles.
Si l’on se fie au planning des prochaines distributions Disney, (jusqu’à juillet 2019), sur 21 projets, seulement 7 sont des projets originaux, et encore, ce chiffre englobe quelques documentaires de Disneynature et l’adaptation cinématographique de nouveaux héros Marvel. Il y a un problème évident d’originalité, dont on connaît pertinemment les raisons. Et honnêtement, tant que les gens se déplacent dans les salles obscures, je ne vois pas pourquoi Disney, ou un autre studio, changeraient de stratégie. D’ailleurs, l’adaptation live de dessins animés Disney semble être un nouvel effet de mode, dans la mesure où Mulan reviendra sur les écrans, en octobre 2018. Il faut donc s’attendre à voir de plus en plus d’histoires bien connues, être revisitées. Même s’il peut être intéressant de remettre certaines histoires au goût du jour, on peut admettre que cette optique soit peu alléchante.

• Histoire éternelle

Mais nuançons notre propos. A toute époque, des histoires ont été reprises et revisitées, même si cela était moins fréquent. Les ré-écritures de contes et mythes sont particulièrement nombreuses, alors, pouvons-nous foncièrement attaquer La Belle et la Bête, sous cet angle ? La Belle et la Bête fait partie du folklore européen, depuis le 18ème siècle, grâce à Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, et encore, il existe bien d’autres versions écrites, antérieures ou postérieures. Le cinéma s’est lui aussi emparé de ce conte, notamment en 1946, avec la version de Jean Cocteau, (Jean Marais dans le rôle de la Bête). Une adaptation française – assez fade par ailleurs – voit le jour, en 2014, avec Vincent Cassel et Léa Seydoux dans les rôles titres. Mais c’est bien naturellement la comédie musicale de Disney, de 1991, qui enchanta la majorité des jeunes têtes, au point que le remake soit aujourd’hui accueilli avec un certain enthousiasme. D’ailleurs, pourquoi les comédies musicales, en France, sont-elles méprisées et détestées, à l’exception de celles de Disney, comme si elles disposaient d’une immunité particulière ? Voici un mystère qu’on l’on pourrait tenter de percer, dans un prochain article.

• Une fidélité scrupuleuse envers le dessin animé

En allant voir cette « nouvelle » production, je craignais qu’elle ne soit qu’une transposition identique du dessin animé, en live. Je craignais que ce réalisme rende le film tout à fait ridicule. Certes, Le Livre de la Jungle m’avait beaucoup plu, mais ils ne s’étaient pas permis de suivre le dessin animé à la lettre, et avaient par ailleurs laissé les chansons de côté. Étonnamment, La Belle et la Bête parvient à allier une fidélité scrupuleuse envers le dessin animé tout en se permettant plusieurs écarts et nouveautés qui rendent l’histoire un peu plus neuve et fouillée.
Le film est loyal, à n’en pas douter. Hormis quelques exceptions, la plupart des scènes du dessin animé sont reprises, qu’elles soient chantées ou parlées. Le prologue est similaire, avec le récit de la malédiction du prince. Nous faisons alors connaissance avec les autres personnages, de Belle, qui est incomprise par le village, à Gaston qui, aussi détestable soit-il, est la coqueluche de chacun. Naturellement, Gaston convoite Belle. L’histoire, vous la connaissez. Les chorégraphies des chansons, de « Le plus beau c’est Gaston », à « Histoire éternelle », sans oublier « C’est la fête » sont sensiblement les mêmes. Envers et contre tout, la Belle tombe amoureuse de la Bête, mais c’est sans compter sur la haine des villageois.

• Des retouches dont on aurait pu se passer

Alors qu’apporte ce nouveau film, en bien comme en mal ? Je me permets de commencer par le négatif. Comme je le craignais, certains moments deviennent relativement ridicules. Heureusement, ils sont peu et sont davantage dus à des répliques malheureuses qu’autre chose. Certaines plaisanteries sont faciles et tombent à plat.
Je dois aussi reconnaître que je ne suis pas fan de cette nouvelle Bête. Bien qu’elle soit relativement réaliste, elle ne m’a pas tout à fait convaincu. J’ai trouvé son visage peu expressif, ou parfois maladroit. Son regard a également un je ne sais quoi de gênant, et n’est pas aussi intense qu’on l’imaginerait. Cette nouvelle Bête est en outre plus posée et mélancolique, ce qui n’est pas pour me séduire. Je préférais de loin la Bête du dessin animé, hargneuse et colérique à souhait, mais d’autant plus puérile et attachante. Je n’ai pas plus été convaincu par la nouvelle chanson de la Bête, ou tous les petits passages musicaux rajoutés, à quelques exceptions près.

• Une innovation salvatrice

Au reste, tous les autres changements, qui rajoutent entre 30 et 40 minutes de film, m’ont séduit. Je n’étais pas fan de Emma Watson dans Harry Potter, mais celle-ci semble avoir adouci et affûté son jeu. Elle propose une Belle un peu plus réaliste, l’accent étant mis – à mon sens – sur son désir de s’enfuir, lorsqu’elle croit que la Bête est maléfique. De plus, son histoire personnelle et familiale est approfondie. Nous apprenons finalement ce qui est arrivé à la mère de Belle, sans compter que son père est un peu plus qu’un second rôle comique. Comme d’habitude, Kevin Kline propose une prestation rafraîchissante et touchante.
Du côté des vilains, j’ai plus apprécié le duo constitué de Gaston (Luke Evans) et LeFou (Josh Gad) que dans le dessin animé. Gaston est fidèle à lui-même, mais parvient parfois à sembler plus dangereux que ridicule. Le personnage de LeFou est bien plus travaillé que dans le dessin animé, où il était plus anecdotique et exclusivement tourné en dérision. Dans cette nouvelle version, l’admiration de LeFou, pour Gaston devient ambiguë, et cela ne ridiculise pas davantage le personnage, au contraire. Malgré quelques plaisanteries faciles, nous saisissons mieux pourquoi LeFou suit aveuglément Gaston, avant de néanmoins réaliser que Gaston est un monstre, comme le souligne les paroles rajoutées à la chanson Tuons la Bête : « C’est une vraie bête sauvage, sans aucun doute, mais je parle du démon qui nous guide. » D’ailleurs, au contraire de Gaston, LeFou a accès à la rédemption, (de surcroît aux côtés du jeune homme qui avait aimé être travesti par Garderobe), lors de la scène du bal.
Disney fait un effort – encore maladroit mais notable – pour incorporer le plus de variété possible dans ses personnages, qu’il soit question d’origines ethniques ou d’orientations sexuelles. Et je ne prendrai même pas la peine de revenir sur les plaintes de certaines personnes.
Enfin, j’ai énormément aimé tout le personnel du château. L’anthropomorphisme des objets est joli et convaincant. De plus, le personnel est pourvu d’un casting de luxe : Ewan McGregor (Lumière), Emma Thompson (Mme Samovar), Cadenza (Stanley Tucci), Big Ben (Ian McKellen),… D’ailleurs, certains jeux de mots, utilisés sans excès, fonctionnent bien, comme lorsque Big Ben se plaint que son « heure a sonné », lors de la bataille finale. Pour finir, ne manquez pas le générique de fin, qui est de toute beauté.

• Bilan

La durée du film, les scènes ajoutées, et surtout tournées en live, apportent au long-métrage une beauté esthétique certaine, et plus de consistance à son histoire ou à ses personnages. En somme j’ai passé un beau moment, imprégné de cette nostalgie qui rend certains passages émouvants. Pour apprécier ce long-métrage, je ne peux que vous conseiller de laisser vos pulsions de puristes de côté. J’ai lu que certaines personnes se plaignaient notamment des changements de paroles. Je pense que le mieux est de passer votre chemin, et de retourner voir le dessin animé, tout simplement. Et enfin, même si le film est tourné en live, n’oublions pas qu’il s’agit toujours d’un conte, et que les stéréotypes, voire le manichéisme, sont des codes éternels de ce genre, alors, soyez indulgents. Bon film !