Star Wars : les derniers Jedi | Un sabre-laser… en dents de scie

Star Wars est devenu un mythe que l’on ne présente plus, depuis la sortie de la première trilogie, dans les années 70-80. La pré-trilogie partage les spectateurs. Pour ma part, je suis fan de l’univers et j’ai du mal à oublier le fort impact qu’avait eu l’épisode III, sur moi, lorsque je l’ai vu au cinéma, en 2005. Comme beaucoup, j’attendais le retour de Star Wars, au cinéma, en 2015, avec impatience et surtout beaucoup de curiosité. L’épisode VII m’avait séduit, même si, il faut le reconnaître, il ne présentait aucune surprise, tant dans le traitement de ses scènes, que dans le déroulement de l’intrigue, qui ne faisait que répéter les grands axes des plus vieux épisodes de la saga. Cet épisode VII était par-dessus tout parvenu à présenter des personnages inédits et assez bien construits pour être à l’origine de nombreuses théories. C’est donc avec beaucoup d’impatience que j’attendais cet épisode VIII, qui a mis deux ans à arriver. En 2016, nous avons pu découvrir Rogue One, qui m’a laissé une impression plutôt mitigée. Alors, qu’en est-il de cet épisode VIII ? Répond-il aux attentes et surtout aux nombreuses questions que l’on se posait, après avoir vu l’épisode VII ? Assure-t-il un divertissement de la même qualité, sans pour autant continuer à arpenter des sentiers battus ? Au contraire, parvient-il à être plus subversif, à une époque où la plupart des films à gros budget, sont formatés ?

I. Une force subversive mais… non maîtrisée

Que ceux qui avaient été déçus par l’épisode VII, lequel ne réservait aucune surprise, soient rassurés : cet épisode se plait à contourner tous les codes de la saga, ou même du cinéma en général. Il en résulte une intrigue dont on peine à deviner tous les ressorts. Malheureusement, le revers de la médaille et que le film semble être lui-même dérouté par sa construction inhabituelle, au risque de se saboter. Star Wars : les derniers jedi se révèle être en dents de scie, au point que certaines scènes vendent du rêve, tandis que d’autres font sérieusement grincer des dents…

Le défaut majeur du film réside probablement dans le fait que, malgré les nombreux axes d’intrigue qu’il y a à suivre, le spectateur n’a quasiment pas une minute pour se poser et souffler. Le rythme est beaucoup plus effréné que dans l’épisode VII et cela n’est pas pour me séduire, d’autant que le montage est trop brut pour être esthétique.

Naturellement, le spectateur assiste à la suite des aventures de Rey (Daisy Ridley), Finn (John Boyega), et Poe (Oscar Isaac), trois personnages qui ont juré de servir la résistance contre le premier ordre, dirigé par le leader suprême Snoke (Andy Serkis) et son bras-droit, le redoutable Kylo Ren (Adam Driver).

Il se trouve qu’il y a autant d’axes d’histoires que de personnages principaux, ces derniers partageant peu de temps ensemble à l’écran. D’une part, Poe essaie de contribuer à la survie de la résistance, notamment dans de nombreuses scènes de batailles spatiales. A ce propos, le film s’intitulant « les derniers jedi », il est extrêmement frustrant qu’il y ait plus de conflits entre vaisseaux spatiaux et divers robots, qu’entre jedi et guerriers du côté obscur. D’une autre part, Finn partira accomplir une mission de son côté, pour essayer d’affaiblir les ressources du premier ordre. J’en profite pour dire que cette critique comportera désormais de gros spoilers. Malheureusement, les scénaristes ne semblaient pas du tout savoir quoi faire du personnage de Finn, car l’axe de ce dernier ne sert à rien. Au lieu d’approfondir ses relations avec des personnages déjà connus, il combat aux côté de Rose, qui, même si je n’ai rien contre elle, est amenée par une scène d’introduction plutôt maladroite, et dévoile ses sentiments à Finn de la plus inappropriée des manières. Cette relation télescopée, en plus de leur mission qui se révèle être un échec total, font qu’on peine à trouver une quelconque utilité à leur axe, si ce n’est celle de charger inutilement l’histoire. Enfin, Rey se retrouve, pendant une grande partie du film, seule, sur l’île où Luke Skywalker (Mark Hamill), s’est exilé.

II. Des jedi audacieux, mais sans repère

Ne nous leurrons pas, nous espérions tous que Luke finisse par devenir le maître de Rey, et en fasse un jedi exemplaire. Malheureusement, Luke ne lui donnera quasiment aucune leçon, et je ne trouve pas que le personnage de Rey évolue particulièrement, ni qu’elle soit d’une utilité majeur dans le film, si l’on omet une ou deux scènes. En revanche, j’ai beaucoup apprécié sa relation avec Kylo Ren. Les deux utilisateurs de la force sont connectés et parviennent à communiquer, même lorsqu’ils se situent sur des planètes différentes. Cela rend leur relation très ambiguë, et brise un peu le cliché du côté obscur, inéluctable ennemi du côté lumineux. Hélas, cette relation n’est pas assez développée, souffrant elle aussi, du rythme du long-métrage. Kylo Ren, en revanche, subit une évolution importante, dans la mesure où il parvient à se rebeller contre son maître, le suprême leader Snoke, et même à le neutraliser, devenant, de ce fait, le dirigeant du premier ordre à son tour. Je crois que personne n’attendait un tel revirement de situation, d’autant qu’il ne survient pas à la fin du film. Il s’agit de l’une des nombreuses surprises, remarquablement audacieuses, que Star Wars VIII offre à ses spectateurs. Malheureusement, comme toutes les qualités de ce film, celle-ci a également un revers de la médaille non anodin.

On a la désagréable impression que cet épisode se torche – passez moi l’expression – avec toutes les bases posées par son prédécesseur, et qu’il ne répond à aucune question que l’on se posait, ce qui est très frustrant. Ainsi, nous ne saurons jamais qui est Snoke, ni quel revirement pousse Kylo Ren à vouloir faire table rase du passé, alors qu’il était un fervent admirateur de Dark Vador. Un mystère avait été entretenu autour des origines de Rey, mais il semblerait que celle-ci ne soit la fille de personne, et que cela n’ait plus l’ombre d’une importance. Bien sûr, il est difficile d’exclure la possibilité que Kylo Ren mente…

III. Luke Skywalker : un dernier espoir ?

La vraie vedette de cet épisode est, en ce qui me concerne, Luke, dont j’ai énormément apprécié le traitement. Mark Hamill n’était vraisemblablement pas d’accord avec l’évolution de son personnage, mais a naturellement joué le jeu, et je dois dire avec brio. C’est là une sacrée belle performance. On retrouve ainsi un Luke cynique, parfois même ironique, qui ne souhaite plus participer aux conflits de la galaxie, après l’échec cuisant qu’il a connu avec Kylo Ren. La scène où l’on découvre ce qu’il fait du sabre que lui amène solennellement Rey, est un vrai délice. (Et heureusement car l’humour du film est particulièrement inégal, surtout au début). J’ai vraiment aimé l’ambivalence qui a été apportée à Luke, qui n’a vraisemblablement pas rien à se reprocher, dans le fait que Ben Solo ait basculé du côté obscur : ce qui explique la redoutable culpabilité de Luke. J’adore vraiment les scènes durant lesquelles apparaît Luke, en particulier à la fin. Ses retrouvailles avec Leia (incarnée par la regrettée Carrie Fisher), sont poignantes. Son combat contre les forces du premier ordre est juste épique.

Malheureusement, le film ne peut pas s’empêcher de se saboter lui-même, même lorsqu’il met en scène des choses efficaces. Le fait que Luke utilise la projection astrale aurait été une idée brillante si cela lui avait permis de venir à bout du conflit final, tout en en sortant indemne. Mais non, épuisé, il « s’évapore » tout seul, sur son île, sans avoir « vraiment » combattu, ni avoir vraiment revu les autres. Je trouve cette fin franchement insuffisante, et trop peu émouvante, pour un personnage aussi emblématique, et qui avait encore tant à apporter à l’univers ! De plus, le cinéma commence à user et à abuser de la carte de la mort prétendument « choquante » d’un personnage central. J’avais la conviction qu’un autre personnage essentiel trépasserait dans cet épisode, après Han Solo, et n’ai bien entendu pas été étonné.

IV. Faire table rase du passé : oui, mais à quel prix ?

Quant aux autres personnages, ils sont décidément très secondaires, voire carrément anecdotiques. Il est poignant de voir le général Leia, et en même temps, une de ses scènes est simplement irréaliste, même pour un univers fictionnel, et par ailleurs mal réalisée. Je pense à celle où Leia est projetée hors de son vaisseau, et parvient à survivre, dans l’espace, grâce à la force… Ce film, à force de vouloir surprendre, est parfois jonché de fausses bonnes idées. Disons-le, j’ai carrément éprouvé de l’agacement durant les scènes où apparaissaient DJ (Benicio Del Toro), et le général Hux, qui est tout à coup devenu un élément comique, plus grotesque (et surjoué) qu’efficace. Pour finir, il est un peu décevant que les derniers personnages emblématiques de la saga soient tout juste des figurants, à l’instar de Chewbacca, C3-PO et R2D2.

Cet épisode VIII tient à rompre avec le passé, et ce n’est pas une mauvaise chose en soi, mais il me semble que cela aurait pu être fait avec plus de subtilité. Au moins pouvons-nous en retenir une bande originale loyale et innovante à la fois, que j’ai personnellement beaucoup appréciée. Il faut ajouter que les nouveaux décors, ainsi que la plupart des nouvelles créatures, sont très réussis, d’un point de vue esthétique.

Hélas ! Si cet épisode VIII aurait vraiment pu être un chef-d’œuvre, il en est en fait très loin. On ne peut nier qu’il est subversif, mais comme on dit, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Certaines scènes sont d’agréables surprises et fonctionnent très bien. Certains plans, notamment à la fin, sont de toute beauté, et le film arrive parfois à instaurer une vraie intensité dramatique. Malheureusement, il y a autant de scènes qui sont tout juste moyennes, quand elles ne font pas sortir le spectateur de l’histoire, et ce malgré le rythme effréné qui l’empêche d’avoir une vraie pause.
Le film a de nombreux axes et semble lui-même ne plus savoir où il doit aller, quelquefois. Il est de bon ton d’essayer de surprendre son public, mais pas lorsque cela implique de rendre l’évolution des personnages, par rapport à l’épisode VII, contradictoire. Et il est surtout très frustrant que la plupart des mystères de ce dernier passent à la trappe. J’en ai déjà évoqués plusieurs, mais je me demande également où sont passés tous les chevaliers de Ren ? Apparaîtront-ils seulement dans l’épisode IX ?

V. Pour conclure

Que dire de plus si ce n’est que le film tente de poser plusieurs réflexions, qui restent tout de même très superficielles. Ainsi, même l’espoir suggéré par la dernière scène (l’enfant inspiré par les actions de la résistance, voire par la force), ne fait finalement, ni chaud ni froid. Pis encore, même si le film tente vraisemblablement de rompre avec l’aspect manichéen des précédents volets, il est loin d’emprunter suffisamment cette direction pour devenir véritablement audacieux.
Le film est un bon divertissement, que je reverrai sans doute. Certaines scènes sont après tout très emblématiques. Malheureusement, il s’agit aussi d’un vrai gâchis, surtout avec le potentiel qu’il avait ! Le film, sans doute trop peu préparé et mature, se sabote parfois seul, et certains travers sont difficiles à pardonner ! Pour tout dire, cela m’incite à appréhender l’épisode IX, alors que j’attendais le huitième avec impatience.
N’hésitez pas à aller voir Star Wars : les derniers jedi, car certaines scènes valent le détour, et parce qu’il est important de se forger son propre avis. Cependant, le film est très franchement inégal et frustrant.

RYTHME  : 1/3
GRAPHISMES : 3/4
IMMERSION : 2/4
SCENARIO : 2/4
CASTING  : 2/4
MUSIQUE : 1/1
NOTE FINALE : 11/20

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5 commentaires Ajouter un commentaire

  1. hauntya dit :

    Je crois qu’il est difficile de trouver meilleure critique que la tienne, en tout cas quand on partage ton avis ! Et très fluide à lire. Tu as pointé les défauts et les qualités, la façon dont le film se sabordait lui-même par moments, et son côté totalement frustrant et inégal, avec des hauts et des bas. Oui, il est vraiment moyen, au final, même s’il ne mérite pas la poubelle pour autant. Et au nombre de questions sans réponses, on pourra rajouter le fait qu’on ne saura sans doute jamais comment le sabre de Luke était arrivé dans les mains de Maze. C’est vraiment frustrant de ne pas avoir davantage de réponses, même si pour certaines, comme pour les parents de Rey, ça ne me gênerait pas qu’il n’y en ait pas vraiment. C’est quand même triste que l’épisode 8 se soit ramassé, là où le 7 était certes, sans surprise, mais quand même bon et plaisant. A trop vouloir faire de surprises…ça finit en queue de poisson, hélas.

    Aimé par 1 personne

    1. F. de l'O. dit :

      Comme beaucoup de films appartenant à des sagas, il peine à jongler entre sa dépendance vis-à-vis des précédents opus, mais aussi des futurs; et le fait qu’il doit quand même être un film qui se suffit à lui-même. Bon, au contraire des gens qui semblent le détester OU l’aduler, j’ai essayé d’être neutre et plus partagé. Mais bon, la déception a quand même pris le pas sur cet article.

      Aimé par 1 personne

  2. tinalakiller dit :

    Je ne partage pas forcément tous les points de ta critique (spoilers : j’ai adoré cet épisode) mais au moins, tu défends bien ton avis !

    Aimé par 1 personne

    1. F. de l'O. dit :

      Sache que j’ai été le voir une seconde fois, et que je trouve moi-même ma critique un peu sévère. J’ai essayé d’apprécier certaines choses à leur juste valeur, et de me demander pourquoi d’autres m’avaient autant perturbé. J’explique un peu mieux mon ressenti dans le dernier watching challenge.

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