Iron Fist | Chronique d’une série sous-estimée

Pour être honnête, je n’avais jamais entendu parler de Iron Fist, ce héros lancé par Marvel, en 1974. J’ai tardé à regarder la série sortie sur Netflix, en mars 2017. Il faut dire que les critiques ont tendance à comparer cette saison aux autres adaptations Netflix, et à la descendre. Pourtant, – on note tout le paradoxe – cette saison a été plus regardée que d’autres à leur lancement, qu’il s’agisse de Luke Cage ou même de la seconde saison de Daredevil. Hélas, le bashing est de plus en plus fréquent – et facile – avec l’avènement d’internet et des réseaux sociaux. Et celui-ci me paraît particulièrement infondé. Iron Fist sort davantage des sentiers battus qu’on se plaît à le croire. Si l’intrigue peut paraître ennuyeuse pour certains, il me semble que cela est entièrement subjectif. Pour tout dire, j’ai plus pris mon pied devant Iron Fist, que devant la première saison de Daredevil, dont on fait pourtant les louanges… ! Finalement, tout ceci n’est peut-être qu’une question d’attente. Daredevil avait révolutionné le genre, en 2015, et il était difficile d’attendre quoi que ce soit d’un premier essai. Iron Fist surgit après trois confrères plus « sombres », et souffre certainement de la comparaison que se tuent à faire les critiques. Nous ne sommes de toute façon pas là pour analyser les causes de cet accueil quelque peu injuste, mais pour se focaliser sur l’intérêt, bien vaste, de cette série, (qui sera d’ailleurs renouvelée, avec une deuxième saison).

I. Une histoire de super-héros classique ou subversive ?

L’histoire débute avec le retour de Danny Rand, à New York, après une absence de quinze ans. Or, lorsqu’il retourne dans la tour de la société Rand, personne ne le reconnaît. Pour cause, tout le monde croit qu’il est décédé, à l’âge de dix ans, dans un accident d’avion. Ce retour soulève de nombreuses questions. Comment a-t-il survécu ? Pourquoi a-t-il été absent tout ce temps ? Le mystère est entier, d’autant que Danny semble être devenu un expert en arts martiaux, et doté, au sens propre, d’un poing d’acier.

J’ai tout de suite été conquis par les nombreux mystères instaurés par l’intrigue. Cela a sans doute fonctionné car je ne connaissais pas cet univers, à la base, mais la narration prend du temps pour se construire, et cela ne rend l’évolution des personnages, ou les différents retournements de situation, que plus pertinents. Quand je m’attendais à une histoire partagée entre le thriller et l’action, comme beaucoup d’adaptations de super-héros, on retrouve ici davantage une ambiance de voyage initiatique et d’histoire de familles. L’atmosphère est sans doute plus légère que celle d’autres adaptations Netflix, mais cela est volontaire, et contraste d’autant plus avec des scènes plus graves. L’humour est présent, sans être trop fréquent. J’ai remarqué quelques scènes un peu caricaturales, peut-être parce que les acteurs étaient mal dirigés ; mais dans l’ensemble, on a affaire à un humour pince-sans rire, surtout du côté des Meachum, auquel tout le monde n’est peut-être pas sensible, mais qui a formidablement fonctionné chez moi.

La mise en scène et le montage, quant à eux, ne sont pas en reste. Certes, ils sont classiques, tout en ayant leur personnalité. Ainsi, le passé de Danny est révélé petit à petit. On a reproché aux scènes d’action de ne pas être à la hauteur, mais je ne vois pas ce qu’on peut en attendre de plus, sans sombrer dans l’exagération, ni dans le cliché des combats de kung-fu. J’ai beaucoup apprécié l’esthétique très « comic » qui habite certaines scènes. Lorsque Danny est en proie à des souvenirs malheureux ou des émotions violentes, et qu’il tente de se ressaisir, son émoi est représenté par des traits lumineux, comme on en utilise pour représenter le mouvement ou l’exclamation dans les bandes-dessinées. Il y a vraiment une mise en scène, discrète, mais efficace, qui permet d’épouser les sentiments des personnages. Je l’ai surtout vue se manifester autour de Danny et Ward Meachum. Lorsque celui-ci est troublé, il y a un flou auditif qui illustre son manque d’attention sur ce qui l’entoure. Et bien sûr, ses hallucinations sanguines sont représentées à l’écran.

Par ailleurs, la série est connectée aux autres adaptations Netflix, sans que cela soit pesant ou gratuit. On nomme Daredevil. On suggère que Joy Meachum a acheté les services de Jessica Jones. On perçoit même le visage de Stan Lee, sur une affiche dans l’épisode 13. Toutes ces références ne permettent pas seulement de faire sourire, mais aussi de mieux contextualiser l’histoire, au sein de l’univers.

II. Un miroir peu reluisant de la réalité

La série est plus mature qu’elle en a l’air, notamment grâce aux différentes satires de la société qu’elle présente. Danny Rand découvre New York, et surtout le monde contemporain pour la première fois. Alors qu’il essaie d’être avenant et de tisser des liens avec autrui, tous se montrent extrêmement froids, ou du moins méfiants. Ainsi, les Meachum nient son identité, soit par désillusion, soit pour des raisons matérialistes. Danny met autant de temps à attirer l’attention de Colleen, qui le prend initialement pour un sans-abri, décalé et probablement névrosé. Les relations humaines se tissent lentement, et sont parfois bien tumultueuses. Naturellement, cela est très réaliste, et représente tout à fait à quel point nous pouvons-nous sentir isolés, dans la société actuelle, malgré les innombrables moyens de communication.

Finalement, la seule personne qui offre son amitié, sans réserve, à Danny, est un autre sans-abri. La série n’est pas manichéenne, loin de là, mais elle permet de confronter plusieurs cultures, à commencer par le monde occidental et capitaliste, face aux traditions asiatiques. Ces traditions ne sont pas présentées comme un meilleur exemple que la monotonie new-yorkaise pour autant. Même si la série loue l’honneur dont font preuve certains combattants, elle finit aussi par présenter le monastère où a grandi Danny, comme un endroit où les apprentis sont déshumanisés et manipulés.

J’ai aussi apprécié le passage durant lequel Danny se retrouve enfermé dans un asile psychiatrique. L’un de ses compagnons considère que les médecins, à force de sur-interpréter les maux, rendent leurs patients plus malades mentalement qu’ils ne le sont réellement.

III. Un casting fait sur mesure

La série doit énormément à des personnages qui se développent lentement mais efficacement, et qui sont interprétés par un casting choisi sur mesure. Je n’irai pas jusqu’à dire que je suis fan de l’interprétation de Finn Jones, en Iron Fist. Cependant, celui-ci est physiquement fidèle au comic, et plutôt juste dans son rôle. On pourrait regretter sa sobriété, mais jouer avec retenue n’est pas forcément un défaut. Le personnage, volontairement naïf et optimiste au début, n’en est pas moins sujet à des accès de rage, et à une dualité certaine. Sa partenaire, Colleen Wing (Jessica Henwick), connaît la même ambivalence et est tout aussi bien traitée.

On salue également la présence de seconds rôles issus des autres séries Netflix, comme Rosario Dawson (Claire dans Daredevil) ou encore Carrie-Anne Moss (Jeri dans Jessica Jones). Leurs interventions sont plutôt bien amenées et ne font que rendre l’univers plus authentique. En deux mots, on est loin du fan service.

Mais j’ai personnellement eu un coup de cœur pour la famille Meachum, composée de Joy (Jessica Stroup), Ward (Tom Pelphrey), et leur père Harold (David Wenham). Pour les anecdotes, notons que Jessica Stroup et Tom Pelphrey seront présents à la Heroes Assemble de Paris, le 9 juin 2018 ; et que l’un des personnages secondaires de la série s’appelle Davos, (comme dans Game of Thrones) !

Quoiqu’il en soit, j’ai beaucoup aimé les liens familiaux (qu’ils soient tendres ou houleux) qui se tissent dans la série. La relation frère/sœur, entre Ward et Joy est particulièrement sincère. Ward est un personnage à priori froid, voire psychorigide, mais qui perd progressivement pied, et échoue dans tout ce qu’il entreprend, pour le plaisir de ceux qui aiment ce genre de personnages contradictoires et… généralement peu populaires. Le personnage subit une descente aux enfers, et je trouve le jeu de Tom Pelphrey très subtile et percutant. Aussi impassible son personnage puisse-t-il être, il parvient à transmettre nombre d’émotions, par son regard ou le langage de son corps. Harold, quant à lui, est digne des méchants Netflix qu’on nous a servis jusqu’ici. Il représente une vraie menace, et son éloquence n’a d’égale que sa tendance à manipuler son prochain. Il a quelques points communs avec un certain Littlefinger, qu’on a vu dans Game of Thrones, allant jusqu’à affirmer, lui aussi que, « les infos, c’est le pouvoir ». Pour finir, Joy, qui paraît plus douce que son frère, se révèle finalement plus forte et plus dure. (J’ai été un peu dérouté par son retournement de veste, au final, mais avec le recul, pourquoi pas… Elle peut éventuellement imputer à Danny, tous les malheurs qui sont arrivés à sa famille.)

IV. Les pères ennemis

Ce titre vous est peut-être familier, et pour cause, c’est celui d’une des réflexions de ce blog. J’ai déjà parlé de l’aspect « voyage initiatique » de Iron Fist. Et pour cause, même si les personnages principaux ont entre 25 et 30 ans, c’est au cours de cette première saison qu’ils parviennent à se détacher de leurs aînés, pour réellement s’affirmer.

La volonté de rupture la plus évidente est celle de Ward Meachum, qui hait profondément son père. Cela est d’autant plus intéressant, que ça a été amené délibérément par les scénaristes. En effet, dans le comic, Ward n’est autre que le frère de Harold. Ward dirige Rand uniquement parce que son père le lui a demandé. Il est écrasé par la volonté de celui-ci, qui lui demande tout et n’importe quoi, contre pas mal d’ingratitude. Ward en arrive au point de dire, tant pour se convaincre lui-même que son père, que ce n’est plus un enfant. La relation entre Ward et Harold n’a de cesse de se dégrader, même si je ne reviendrai pas sur les points culminants de cette relation, afin d’éviter des spoilers importants. Mais on se rend rapidement compte que Ward doit couper tout lien avec son père, s’il souhaite devenir un individu à part entière.

Ward n’est pas le seul à être hanté par son passé. La série prend souvent le temps de s’arrêter sur les photographies encadrées de Harold Meachum et Wendell Rand (le père de Danny). C’est tout comme si ces figures paternelles hantaient leurs enfants, malgré leur absence. Pour le coup, Harold hante réellement Ward, mais Danny n’est évidemment pas remis de la perte de ses parents, qui l’empêche de s’épanouir, en tant que Iron Fist. Comme il le dit si bien, il a essayé de se reconstituer une famille, au monastère, puis avec les Meachum, mais il s’agit de deux échecs. Les Meachum, pour la plupart, le rejettent. De plus, Danny se détache de plus en plus des valeurs prônées par le monastère, au fil de la saison. Il en arrive au point où sa relation avec celui qu’il présentait comme son meilleur ami, Davos, est extrêmement dégradée. Les deux hommes n’ont simplement plus les mêmes principes. Ainsi, Danny rompt lui aussi avec son passé. Notons que c’est aussi le cas de Colleen, qui tient à affronter elle-même son ancien mentor, lors des dernières péripéties de l’intrigue.

Finalement, si l’on considère que la rupture avec le passé est le sujet culminant de la série, Danny et Ward sont les deux personnages incontournables de cette saison. Il y a un parallèle très intéressant entre ces deux hommes, que tout oppose, mais qui sont à la fois des rivaux et des frères.

Concluons cette partie, et même cet article, avec cette citation de Ward Meachum, sur laquelle il serait de bon ton de méditer :

« Mon père va me manquer. A qui vais-je pouvoir imputer mes échecs, mes faiblesses, ma constante tristesse ? »

PS : N’hésitez pas à aller consulter l’article que j’ai eu la chance d’écrire, pour jesuisungameur.com. Celui-ci comporte un fan art du Pingouin, dans Gotham. Laissez-moi également vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d’année !

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Un commentaire

  1. On sent que tu es passionnée par cette série, sous le charme ! Pour ma part, je me suis contenté de regarder un simple trailer puis j’ai bêtement lu les avis des internautes, qui n’y sont pas allés de main morte d’ailleurs… Dès que j’ai un moment je m’intéresserai de plus près à Iron Fist ;-) Joyeux Noël Flo !!

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