Harry Potter et la Chambre des Secrets | Le jeu des contraires

Harry Potter et la Chambre des Secrets, sorti en juillet 1998, possède lui aussi une adaptation cinématographique relativement fidèle. Cependant, le roman commence déjà à gagner en épaisseur, et certaines phases de l’intrigue y sont plus développées. Certains passages ont carrément été occultés du film, comme l’anniversaire de mort de Nick Quasi-sans-tête. Autant dire que j’ai relu ce roman avec plaisir : cela m’a permis de me remettre certains détails en tête, et de suivre une histoire toujours aussi palpitante, même si je ne la connais que trop bien. Le roman me semble destiné à des lecteurs de tout âge, et je ne laisse pas seulement la nostalgie parler. Effectivement, l’intrigue et les personnages commencent déjà à gagner quelques degrés, en terme de noirceur.

I. Découvrir l’univers avec Harry

Les Dursley en veulent plus que jamais à Harry Potter et ils n’hésitent pas à le séquestrer dans sa chambre, afin qu’il ne retourne jamais à Poudlard. A ce stade, on va au-delà de la maltraitance ! Mais c’est typiquement ce genre d’aspect de l’œuvre qui en fait toujours une sorte de conte pour enfants. Certains personnages sont très stéréotypés et on en offre une vision manichéenne, sans pour autant que cela soit un défaut !
Heureusement, les Weasley viennent libérer Harry afin de le mener chez eux. Pour la première fois, Harry découvre un foyer de sorciers. Le lecteur lui-même découvre le monde de la magie, en dehors de l’école, signe que l’immersion est de plus en plus grande. On découvre toutes les nuances de cet univers, au même rythme que Harry.
Les élèves ont désormais douze ans et gagnent en maturité, forcément, mais ce ne sont encore que des enfants. Ainsi, le rapport avec les professeurs est encore très superficiel. D’un côté, il y a les professeurs adulés, qui sont idéalisés et deviennent des héros, à l’instar de Dumbledore. De l’autre côté, il y a les professeurs méprisés, comme Lockhart, ou même haïs, comme Rogue. Alors, les élèves le font sans demi-mesure, et sans se demander si la réalité n’est pas plus nuancée. Cette vision des choses est très intéressante car, à ce stade, il est justifié que l’histoire soit encore manichéenne, afin de rester fidèle aux caractéristiques du conte, ainsi qu’à la jeunesse de Harry. Les élèves, surtout jeunes, ont du mal à dissocier une personne de son statut de professeur. Ils vont rapidement émettre un jugement positif ou négatif sur elle, et s’y tenir. Cela est d’autant plus intéressant qu’on sait qu’Harry remettra son avis sur Rogue, et même Dumbledore, en question, lorsqu’il grandira. Le concierge, Rusard, est aussi un bel exemple de cette évolution. Lors de la première année, Rusard terrorise les élèves. Mais Harry découvre qu’il est un cracmol, lors de la deuxième année. Rusard se révélera de moins en moins terrifiant, voire ridicule, comme on peut le voir dans les films, pour le coup. Ce n’est pas tant Rusard qui change, mais la perception des élèves, à son sujet.
Pour en revenir à Rogue et Lockhart, ceux-ci sont présentés comme deux contraires. L’un est jugé repoussant, et est constamment vêtu de noir, affichant un air austère. L’autre, en revanche, est séduisant, d’après bien des sorcières. Il aime les couleurs pâles et passe son temps à sourire. Rogue déteste cordialement Harry, alors que Lockhart essaie tant bien que mal de devenir son mentor. Le professeur de potions se révélera plus tard être un homme courageux, alors que Lockhart n’est qu’un imposteur, doublé d’un lâche. Ce jeu des contraires, ou devrais-je dire des miroirs inversés, est particulièrement important dans ce tome.
On peut aussi citer la rivalité qui oppose Arthur Weasley à Lucius Malefoy. Ils ont beau être tous deux de sang pur, ils ont un statut social très différent et surtout un avis opposé au sujet des moldus, ou des sorciers qui en descendent.

II. Reflets inversés et rivalités exacerbées

Lors de la deuxième année, ce n’est pas Rogue qui est suspecté d’être l’antagoniste à tort, mais Drago Malefoy, le rival de Harry (y compris au Quidditch désormais). On sent que J. K. Rowling utilise le même fil rouge que lors du premier opus, tout en parvenant à continuer à nous surprendre. Les faux coupables et les fausses pistes se multiplient, jusqu’à une révélation finale à la fois déroutante et similaire à celle du premier tome. Ainsi, le récit reste fidèle à lui-même, sans pour autant se répéter. Plus qu’une histoire fantastique, il s’agit une fois encore d’un véritable mystère à percer, pour lequel Harry s’improvise détective amateur.
Cela dit, lord Voldemort devient plus qu’un mage noir déchu mais redouté. En le découvrant tel qu’il était à seize ans, et en étant lui-même pris pour l’héritier de Serpentard, à un moment, Harry ne peut s’empêcher d’être perturbé par leurs similitudes. Un nouveau effet de miroirs inversés se dégage : les deux sorciers ont grandi avec des moldus et se sentent chez eux, à Poudlard. Ils sont bruns, astucieux, et éprouvent un dédain pour le règlement. Par dessus-tout, ils savent tous deux parler fourchelangue, le langage des serpents. Cela ne les empêche pas d’être des ennemis jurés et mortels, l’un pour l’autre.
L’évolution du traitement de Voldemort est très intéressante. Il n’a encore jamais été présent, charnellement, et pourtant, la menace grandit. La première année, il ne s’agit que de l’ombre de lui-même. Il est très démuni et il ne survit qu’en exploitant la loyauté et le corps du professeur Quirrell. La deuxième année, Voldemort est adolescent, même s’il n’est qu’un souvenir. Il n’exploite pas un serviteur, cette fois-ci, mais une alliée de Harry : Ginny. La menace n’en est que plus importante. De plus, il est glaçant qu’il soit parvenu à manipuler Ginny, par le biais d’un simple journal intime.
La dernière grande opposition de ce tome consiste en un duel entre deux fondateurs de Poudlard : Serpentard et Gryffondor. On sait qu’ils se sont violemment disputés, jadis, au sujet du sang des sorciers ; avant que Serpentard ne bâtisse la chambre des secrets et quitte l’école. Cette querelle-là ne prend vraiment fin qu’un millénaire plus tard, par l’intermédiaire de leurs deux héritiers. Voldemort, descendant de Serpentard, voulait finir sa tâche. Quant à Harry, alors qu’il redoutait d’être l’héritier de Serpentard ; il se révèle assez loyal envers Dumbledore, et sa maison, pour faire apparaître l’épée de Gryffondor. Ainsi vient-il à bout du basilic, et d’une certaine façon, ferme-t-il la chambre des secrets à jamais.

Publicités

4 commentaires

  1. J’adore cette relecture que tu fais des romans, sans surprise. C’est vraiment intéressant de constater les fils déployés par JK Rowling, au-delà du « simple » récit, dans la construction des contraires (que tu fais redécouvrir sous un nouvel angle), l’opposition de Voldemort sans qu’il soit pour autant vraiment là physiquement, les faux-semblants des personnages qu’on devine d’autant mieux quand on sait la fin de l’histoire et des personnages… C’est passionnant de revoir les tomes sous ton angle de lecture !

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s