Final Fantasy VI est-il à la hauteur de sa réputation ?

I. Introduction

Ce marathon Final Fantasy atteint un point culminant avec ce retour du géant du RPG : Final Fantasy VI. C’est en 1994 que paraît le sixième opus de la saga, sur Super Nintendo. Depuis, il a été porté sur plusieurs supports, dont la version Steam, dont je vais longuement vous parler. Il a beau être l’un des épisodes cultes de la saga, il n’a été importé officiellement en Europe qu’à partir du vingt-et-unième siècle. Pour ma part, j’en entendais parler depuis longtemps sans même avoir jamais pu le tester. Cet épisode est-il donc à la hauteur de sa réputation ?

L’histoire se déroule dans un monde où la magie et les chimères ont quasiment disparu, alors que la technologie devient de plus en plus dangereuse. L’empire mène des expériences contre-nature sur ses soldats, à commencer par un certain Kefka, qui est devenu aussi puissant qu’incontrôlable et totalement fou ! Mais voilà que plusieurs héros vont surgir de l’ombre, pour tenter de ramener la paix dans le monde. Un chasseur de trésor (Locke), une héritière des chimères (Terra), un roi enjôleur (Edgar) et une traîtresse repentie (Celes), pour ne citer qu’eux, vont prendre la tête de ceux qui résistent. Mais c’est sans compter sur la détermination de Kefka, qui mettra le monde à feux et à sang.

II. Un paysage visuel habituel

Avec ce sixième opus, on commence à s’éloigner un petit peu de la fantaisie pure, bien qu’elle reste très présente. Le concept de cristaux se fait lui-même plus discret, bien que l’on puisse considérer que les magilithes (permettant d’invoquer des chimères) en sont. L’intrigue elle-même est donc atteinte par l’évolution que connaît le monde, dans les années 90. Et d’ailleurs, bien que le jeu soit en 2D, on sent aussi de belles tentatives en matière de graphisme, du moins dans la version steam. Certaines séquences, comme lorsque l’on conduit le vaisseau sur la carte du monde, ont pour vocation d’imiter la 3D. Square Soft lorgnait déjà sur une 3D, qu’il exploitera allègrement, dans Final Fantasy VII, sorti à peine trois ans plus tard, mais sur une autre console : une certaine Play Station.

En tout cas, ces petits soins apportés aux graphismes et surtout à l’interface sont appréciables. Même si l’interface des combats n’est pas très esthétique, elle finit par devenir pratique, et surtout la carte du monde indique beaucoup mieux où l’on doit se diriger. Sans oublier le petit mog, qui rappelle l’objectif de la quête principal, en appuyant sur une touche. Final Fantasy VI s’inscrit donc comme l’un des ancêtres du gameplay que l’on a dans certains RPGs, aujourd’hui.

Mais la révolution s’arrête ici. Les graphismes demeurent extrêmement basiques, ayant finalement peu évolué depuis le premier opus (certes, je joue sur des versions remastérisées). Et on regrette certains bugs (certes rares). Le jeu a planté pendant le combat contre le boss final, et plus régulièrement, les PNJs avancent de façon aléatoire et assez rapidement, ce qui est parfois pénible lorsque l’on se promène dans quelque village.

III. Le dynamisme du gameplay

Somme toute, le jeu m’a paru excessivement simple, à moins que je m’habitue à ce gameplay. J’ai fait 90% du jeu, en subissant très peu de game over, et sans vraiment déployer de stratégie. A propos, certaines nouveautés sont pratiques, comme le fait que l’expérience gagnée n’est pas effacée, lorsque l’on meurt et retourne au dernier point de sauvegarde. Alors, oui, il faut tout refaire, mais au moins, les personnages peuvent avoir évolué et l’on ne se retrouve pas face à une impasse.

Vous vous imaginez donc que Final Fantasy VI est simple et accessible ? Détrompez-vous, petit optimiste.

Je le sentais venir, et pourtant, j’ai été dérouté par un dernier « niveau » de jeu où la difficulté monte d’un cran, sans signe avant-coureur, et de façon radicale. A l’époque, il n’y avait probablement pas d’autre alternative que de recourir à ce genre d’astuce, et de forcer les gens à s’entraîner, pour prolonger la durée de vie du jeu, à moins que ça ne soit qu’une tradition ? Quoiqu’il en soit, cette difficulté accrue de façon pas assez progressive, les pièges en tous genres, comme les comptes à rebours lors de combats déjà difficiles, ou les donjons labyrinthiques, sont assez pénibles dans cet opus. J’ai passé presque tout le week-end sur le dernier niveau du jeu, et il faut s’armer de patience pour éviter la crise de nerfs. Certes, je ne nierai pas que cela fait d’une certaine façon le charme du jeu, qui nous pousse dans nos retranchements, et nous donne encore une belle leçon de persévérance, pour repousser nos limites ! Le moins que l’on puisse dire, est que la victoire est méritée !

L’autre nouveauté de ce jeu est le fait que nous sommes contraints d’utiliser quasiment tous les personnages joueurs. C’est à la fois une idée séduisante et une difficulté supplémentaire. Cela permet d’apprendre à connaître des personnages par lesquels on était moins attirés, et en même temps, cela fait trois équipes à gérer et à entraîner ! Cela reste relativement bien organisé, car cette alternance forcée des équipes se justifie dans l’exploration de certains donjons, ou surtout face au boss final du jeu.

Vous l’aurez compris, le gameplay est bien plus dynamique que dans les précédents opus. D’ailleurs, j’ai trouvé qu’aucune phase de l’intrigue ne se ressemblait véritablement. Et cela contribue aussi à rendre ce jeu quelque peu révolutionnaire. L’accent est mis sur des personnages qui ont une façon de combattre et une histoire bien définies. Et attention, car certains peuvent être manqués plus d’une fois et donc quitter votre équipe, voire ne jamais la rejoindre !

IV. L’apparition de personnages emblématiques

Final Fantasy VI doit énormément à la mise en avant de ses personnages. J’en ai déjà mentionnés quatre, mais beaucoup m’ont séduit, par leur personnalité ou par leur façon de combattre. Je pense en priorité à Shadow, un ninja mystérieux et complètement associal, accompagné d’un chien. Il est très difficile à garder dans son équipe définitive, mais sans lui, je ne serais probablement pas venu à bout du boss final. Je pense à Setzer, un joueur invétéré, qui se révèle tout aussi utile. Ou même à Mog, qui est à la fois puissant et, il faut le dire, mignon.

Celui qui aura le plus marqué les esprits pourtant n’est pas l’un des héros, mais l’antagoniste principal : Kefka. La raison me semble évidente. Il est le premier méchant de l’univers qui a une identité vraiment propre, après une série de boss maléfiques et sans nuances. Kefka a une histoire, et se détache radicalement des autres, ne serait-ce que par son humour et ses couleurs. On renonce aux entités démoniaques en armure noire, pour un clown ! Kefka passe son temps à rire et à se ridiculiser, mais n’en reste pas moins dangereux. Il me fait vraiment penser au Joker, de Batman, car c’est un vrai agent du chaos qui souhaite juste voir le monde brûler, parfois en prenant des airs d’enfant capricieux. Cela dit, je dois avouer qu’on m’avait tellement dit du bien de cet opus, et de Kefka, que je n’ai pu m’empêcher d’être légèrement déçu. Après tout, cela reste un jeu de Super Nintendo.

V. Au delà de la fantaisie : art et religion

Final Fantasy VI se démarque aussi des autres, par la façon dont il célèbre l’art. Faut-il présenter la scène de l’opéra, dans laquelle Celes doit remplacer d’urgence une cantatrice ? Il s’agit d’une des musiques les plus mémorables de la saga, ce qui n’est pas peu dire. Je me souviens aussi d’une maison où les peintures sont hantées par une sorte de démon, ce qui, forcément, m’a fait penser à Dorian Gray. Outre cela, les différents chapitres de l’histoire sont originaux et prenants. Je pense au passage durant lequel les héros, menés par Cyan, essaient d’échapper au train fantôme qui mène l’âme des défunts vers l’au-delà. Cyan parvient à s’en sortir, mais il voit les esprits de sa défunte famille disparaître à jamais.

Et bien sûr, il y a le sous-texte de l’histoire, certes banal, mais assez efficace. Les guerres entre les hommes et chimères ont manqué de faire disparaître la magie, et l’empire aggrave la situation, en tentant d’exploiter ce qu’il en reste. C’est la guerre des machines contre la magie, et, par extension, celle du chaos contre l’humanité. Kefka manque de détruire le monde. Au cours du jeu, il y a une ellipse et Celes se réveille, seule, après un an. Elle découvre un univers ravagé et on peinera à retrouver nos héros, éparpillés dans le monde. Kefka est trop heureux de régner sur un tas de cendres. Il est profondément nihiliste, et ne supporte par l’espoir qui anime les héros. Pourtant, celui-ci triomphera (si vous avez de la patience).

Le boss final du jeu prend tout son sens : il s’agit des trois dieux de la triade guerrière. Les personnages les élimine les uns après les autres, en gravissant ce qui ressemble à une statue haute et animée. On s’élève donc de plus en plus dans le décor, dans une ambiance somme toute religieuse, jusqu’à atteindre la dernière partie du boss : un Kefka à la fois ange et démon, sur un fond très lumineux. Après tout, Kefka se prend pour un Dieu et aspire à tout détruire. L’équipe vient alors à bout de cette religion déjantée et apocalyptique.

VI. Synthèse et note

Somme toute, Final Fantasy VI est tellement encensé que j’ai été presque déçu face au résultat final. Cela ne m’empêche pas de le considérer comme l’un des meilleurs opus de l’ère 2D de la saga, en compagnie du 4. Si ce n’est le meilleur ! Comme je l’ai dit, certaines idées innovantes rendent le paysage et le gameplay très plaisants, au point qu’on lui pardonne ses bavures et ses difficultés. Et de toute façon, on a beau rager un moment sur son clavier, on se sent réellement méritant quand on vient à bout du dernier acte, et on quitte, avec regret, des personnages attachants, au rythme d’une musique envoûtante…

• GAMEPLAY : 4/6
• DURÉE DE VIE : 1/1
• GRAPHISMES : 1/2
• IMMERSION : 1/2
• SCENARIO : 4/6
• PERSONNAGES : 1/1
• MUSIQUE : 2/2
NOTE FINALE : 14/20

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3 commentaires

  1. Ah, j’attendais ton avis sur cet opus avec une grande impatience ! Comme tu le sais, je ne le connais que dans les grandes lignes et par les thématiques de son histoire, et les superbes artworks et musiques. Pourtant, c’est probablement l’opus qui me fait le plus rêver après le 8, en n’en connaissant pourtant pas grand-chose. Une fascination pour le personnage de Terra (elle est à l’origine de la création de Hauntya dans mon univers personnel), pour Celes et Shadow, aussi. Et Kefka, n’oublions pas Kefka ! J’aime beaucoup ta critique qui réussit à dire en quoi cet opus se démarque de ses prédécesseurs, par ses nouveautés, mais qui me semble aussi montrer tout le charme de cet épisode, par ses personnages et ses niveaux de jeu variés. Je n’avais pas la moindre connaissance de ce train fantôme, de cette maison hantée ou même d’une ellipse car Kefka serait parvenu (temporairement !) à ses fins de destruction. Celui-là aussi semble parfaitement mériter sa place de méchant emblématique. La place accordée à l’art dans cet opus me plaît aussi… Un jour, j’arriverai à le faire sur la version PS1 que j’ai pu acheter…ou alors je craquerai pour la version Steam. Un de ces jours…
    Merci pour cette critique de FFVI ! Et on sent très bien dans tes mots un certain regret d’avoir dû quitter le jeu et ses personnages, après une fin difficile, et ce malgré la presque déception face à l’ensemble.

    Aimé par 1 personne

    • Cela rejoint le fait que sa réputation le précède. Objectivement, c’est le meilleur de l’ère 2D, mais personnellement, je continue à avoir plus d’affection pour le 4, le 15, voire le 10 ! Quand à la trilogie 7-8-9, elle risque d’envoyer du très lourd, mais je n’avais fait que le début de chacun, il y a longtemps, donc, je ne peux pas encore me prononcer. En tout cas, je me réjouis d’en avoir dressé un portait assez global, surtout si tu souhaitais en apprendre davantage. L’avantage sur Steam est qu’il est en français, en tout cas.

      Aimé par 1 personne

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