Beaucoup d’entre nous ont grandi en même temps que le célèbre sorcier
C’est en 2007 que paraissait Harry Potter et les reliques de la mort, dernière aventure du sorcier à la cicatrice en forme d’éclair. Ce n’est pourtant pas sans émotion que j’ai refermé ce livre. Tourner les dernières pages, ce n’était pas seulement quitter un univers qui s’est avéré on ne peut plus immersif au fil de cette relecture. Tourner les dernières pages, c’était aussi m’apprêter à préparer la dernière analyse d’un projet que j’ai commencé il y a plus de six mois, et qui, j’espère, vous a autant parlé qu’à moi. Avant que nous n’entamions l’analyse d’Harry Potter et les reliques de la mort, je vous avertis que les liens des six précédentes analyses se trouvent en bas de cet article.
Il n’échappera à personne que l’une des problématiques majeures de ce roman est la suivante : Y a-t-il un moyen de maîtriser la mort ? Est-ce seulement possible ? Et si oui, comment ? Pour lord Voldemort, la réponse était évidente : il lui fallait créer assez de horcruxes pour préserver son âme – aussi dénaturée serait-elle – en sécurité. D’autres sorciers, sans être aussi extrêmes, ont également été séduits par l’invincibilité, à l’instar de Grindelwald et Dumbledore qui ont traqué, avec ferveur, les reliques de la mort. Mais fuir la mort est-il une preuve de sagesse ? Est-ce vraiment le message profond du conte des trois frères, inspiré de l’histoire des Peverell ? Ou bien n’existe-t-il pas un bien plus important, qui a échappé à nombre de sorciers aguerris, mais pas à un jeune orphelin ?
Voldemort est l’incarnation de tout ce que l’humanité a commis de pire dans l’Histoire

I. Vaincre la mort par la force : les horcruxes

Cette relation entre les personnages et la mort est en vérité primordiale depuis le premier tome de la saga. Harry Potter nous est tout de suite présenté comme le survivant, le garçon qui a survécu. En un sens, il a tout de suite réussi dans un domaine où Voldemort a toujours souhaité faire autorité. Aux yeux du Seigneur des Ténèbres, l’idée de mourir est intolérable. Il aura été prêt à tout pour l’éviter, y compris à dénaturer son âme ou à tenter d’assassiner un bébé, ce qui, d’ailleurs, provoquera de peu sa perte. Ainsi, Voldemort est le premier sorcier a avoir repoussé aussi loin les limites de la magie noire. Il a volontairement divisé son âme en six parties distinctes, par le biais de horcruxes.

1. Voldemort, ou l’ascension du mal

Voldemort représente, sans surprise, le mal à l’état brut : un individu contre-nature qui est incapable d’éprouver la moindre considération pour un autre que lui-même. La métaphore filée de l’oppression du régime nazi, pendant la seconde guerre mondiale, n’aura sans doute échappé à personne. Voldemort est un être qui méprise profondément ceux qui lui seraient inférieurs, quand bien même il n’est pas issu d’origines moins modestes qu’eux. Il n’accorde aucune valeur à la vie de ses ennemis, et pas davantage à celle de ses alliés, qui le craignent et qui sont reconnaissables à une marque en particulier. Il serait folie de croire que les mangemorts n’éprouvent du mépris qu’à l’égard des moldus. Leur haine est sans limite, si bien qu’elle se manifeste à l’encontre des sorciers nés de moldus, ou même des créatures et hybrides, comme les loups garous, qui ont pourtant rejoint leurs rangs. Et pour fonder un monde à son image, Voldemort prend le pouvoir par la force, en éliminant le ministre de la magie, afin de tirer les ficelles dans l’ombre. Voldemort est toutefois trop subtile pour se contenter d’un simple culte de la personnalité. D’après Lupin, « Voldemort joue un jeu très habile. Se déclarer officiellement aurait pu provoquer une rébellion ouverte. En restant masqué, il entretient la confusion, l’incertitude et la peur. »
L’habilité ne l’empêche pas d’user de la force. Mécontent de refaire le ministère à son image (La magie est puissance), Voldemort place un de ses partisans, le professeur Rogue, à la tête de Poudlard pour en faire une école de magie noire ; mais il compte aussi sur des rafleurs pour capturer tous les nés moldus ou sorciers considérés comme des traîtres. Il ne perd bien entendu pas de vue son objectif principal qui consiste à faire tomber Harry Potter de son piédestal, puis de le tuer. Jamais la peur n’a été aussi palpable et omniprésente. Les sorciers ont de vraies raisons de redouter de prononcer le nom de Voldemort, qui est devenu tabou. Prononcer ces syllabes fatales pourrait attirer des rafleurs jusqu’à soi.
Et comme si les horcruxes ne suffisaient pas, le Seigneur des Ténèbres souhaite accroître sa puissance en obtenant la baguette de Sureau. Profaner la tombe d’Albus Dumbledore n’est qu’une formalité au vu du nombre de crimes qu’il traîne déjà dans son sillage. Jamais le monde des sorciers n’a connu une menace aussi grande. Voldemort ne représente pas seulement un danger pour ses ennemis, mais aussi pour ses alliés, comme le professeur Rogue, qui ne sera qu’un « dommage collatéral » dans sa quête de grandeur. Voldemort essaiera de tuer Harry, dans la forêt interdite, à l’endroit-même où ils s’étaient revus pour la première fois, lors de la première année. Même à distance, il empoisonne l’existence de ceux qu’il oppresse, par le biais des horcruxes, capables de corrompre n’importe quel cœur, ou même de ses pensées nocives, qui infligent des visions douloureuses à Harry, à l’instar du meurtre de ses propres parents. Et pourtant, Voldemort, quoique son nom indique, ne parvient pas à vaincre la mort. Il se fait éliminer par un adolescent, qui détient un secret qu’il n’a jamais pu comprendre.

Hermione et Harry se recueillent sur la tombe des Potter

2. Sacrifier d’autres vies, pour sauvegarder la sienne

Il n’est pas étonnant que Voldemort ne se soit jamais intéressé qu’à une seule relique : la baguette. A ses yeux, seule la loi du plus fort existe. Il lui paraît évident que, pour dompter la mort, il doit sacrifier les autres. Il est d’autant plus ironique que Harry lui apprenne qu’il suffisait de désarmer ses adversaires, pour obtenir l’allégeance de la baguette de Sureau.
En voulant contourner vainement sa propre mort, Voldemort a causé la perte de nombreux innocents, et d’être chers à Harry. Le septième roman ouvre le bal funeste avec une perte beaucoup plus éprouvante qu’on aurait pu l’imaginer. Il s’agit de celle d’Hedwige, alors qu’Harry essaie d’échapper à Privet Drive. Comme l’a dit l’auteure elle-même, Hedwige symbolisait l’enfance d’Harry, qui s’envole en éclats. Ce n’est pas un hasard si le roman débute avec l’anniversaire de la majorité de Harry qui quitte, définitivement, l’endroit où il a grandi. Un endroit qu’il a détesté, mais qui l’a jalousement gardé en sécurité.
Aucun des proches de Harry n’est à l’abri, qu’ils soient blessés, comme c’est le cas de George, ou tués, comme c’est le cas de nombreux résistants : Fol Œil, Fred, Tonks, Lupin,… Harry peine à se remettre de leurs pertes. Pourtant, la mort n’est pas la seule forme d’adieu qui existe. Hermione aussi a dû renoncer à ses parents, en les rendant amnésiques, afin de les mettre en sécurité.

Une photographie de Dumbledore et Grindelwald

II. Apprendre à dompter la mort, avec les reliques

Ce ne sont pas les différences entre Harry et Voldemort qui sont les plus troublantes, mais leurs similitudes. Harry est plus l’égal de son ennemi juré qu’on ne pourrait le croire. Le plan élaboré pour qu’il quitte Privet Drive en est un parfait indice. Grâce aux bienfaits du polynectar, ce sont sept Harry qui quittent la maison des Dursley ; signe avant-coureur que Harry pourrait lui aussi faire quelque pied-de-nez aux tentatives désespérées de la mort, pour l’atteindre. D’ailleurs, comme Tom Jedusor, Harry est le descendant de l’un des trois frères Peverell. Voldemort a hérité – sans s’en rendre compte – de la pierre de résurrection. En revanche, Harry fait un fort bon usage de sa cape d’invisibilité. Malgré tout, il résiste à la tentation d’obtenir toutes les reliques, pour devenir le maître de la mort.

1. Albus Dumbledore, un souvenir souillé

Harry fait preuve de sagesse là où Dumbledore lui-même s’est montré tenté. Grindelwald et Dumbledore ne se sont pas lancés dans la conception de horcruxes, mais dans la quête des reliques. Et ils ont beaucoup sacrifié, pour le plus grand bien. C’est en en apprenant davantage sur le passé et la jeunesse de son mentor que Harry se sent, pour l’une des premières fois, en colère contre lui. Et même déçu. Il ne comprend pas pourquoi Dumbledore n’a jamais daigné lui parler de lui, ni de leurs points communs si troublants. Il lui est intolérable de penser que Dumbledore ait pu s’associer avec un futur mage noir, dans une quête de puissance égoïste qui lui a beaucoup coûté. Abelforth, le frère d’Albus, explique que cela a notamment coûté la vie d’Ariana, leur sœur. Il est très intéressant d’en apprendre davantage sur Dumbledore, après sa mort. La mémoire qu’en a Harry est quelque peu souillée. On ne sait plus très bien si Dumbledore était celui qu’il admirait, ou bien un manipulateur de plus. Au reste, bien des mystères subsistent. A la lecture du roman, rien ne laisse présager que Albus et Grindelwald éprouvaient de l’amour l’un pour l’autre, comme cela sera soutenu plus tard. Cette quête d’invincibilité se fait au prix de l’amour, ou de l’amitié. Dumbledore a perdu sa sœur, et aurait peut-être pu perdre la loyauté de Harry.

Quand l’élève se montre plus sage que le maître

2. Remus Lupin, la déchéance d’un mentor

Harry n’en est pas à sa seule désillusion dans le roman. Tout comme son père, il met un point d’honneur à faire confiance à ses alliés. Et pourtant, pour la première fois, il n’est plus sur la même longueur d’onde que Lupin, qui n’hésite pas à utiliser une vérité douloureuse pour le raisonner : « James aurait considéré la méfiance à l’égard de ses amis comme le comble du déshonneur. »
C’est effectivement la trahison de Queudver qui causa la perte de James et Lily Potter. Si l’on se fie à l’exemple de Voldemort, au passé de Dumbledore, ou à l’avertissement de Lupin ; ce sont l’égoïsme et la méfiance qui permettent de survivre.
D’ailleurs, Lupin est prêt à abandonner sa femme, pour partir à l’aventure avec Harry, lorsqu’il apprend qu’elle est enceinte. Il s’agit d’un passage qui représente mieux les hantises et les souffrances des minorités, que beaucoup d’œuvres qui revendiquent explicitement leur engagement.
« Tu ne m’as jamais vu qu’au sein de l’Ordre, ou sous la protection de Dumbledore, à Poudlard ! Tu ne sais pas comment la plupart des sorciers considèrent les créatures telles que moi ! Quand ils apprennent mon infortune, c’est tout juste s’ils acceptent encore de me parler ! Tu ne te rends donc pas compte de ce que j’ai fait ? Même à sa propre famille, notre mariage n’inspire que du dégoût, quels parents voudraient voir leur fille unique épouser un loup-garou ? Et l’enfant… L’enfant… […] Habituellement, les gens de mon espèce évitent de se reproduire ! Cet enfant sera comme moi, j’en suis convaincu… Comment pourrais-je jamais me pardonner d’avoir en toute connaissance de cause pris le risque de transmettre mon propre mal à un être innocent ? Et si, par un quelconque miracle, il n’est pas comme moi, il sera alors beaucoup mieux, cent fois mieux, sans la présence de son père dont il devrait à tout jamais avoir honte ! »
Ces répliques de Lupin sont très poignantes, mais elle n’attisent que de la rage chez Harry. Celui-ci n’arrive pas à concevoir qu’un père puisse volontairement désirer abandonner son enfant, et traite son ancien professeur de lâche, au prix d’une dispute violente. Malgré son apparente intransigeance, Harry fait preuve d’une grande sagesse. Jamais la peur du rejet, comme la peur de la mort, ne sont parvenues à les tenir éloignés. Au contraire, ce sont le courage de faire face, et la confiance ou l’amour, qui évitent de répéter des schémas fatals. Harry est un homme de conviction, dont la franchise éloignera Lupin, et même Ron, son meilleur ami, d’une certaine façon. Pourtant, chacun d’entre eux reviendra vers lui, avec gratitude.

Le conte des trois frères n’enseigne pas la morale que l’on croit

III. Perdurer au-delà de la mort

Jusqu’à présent, l’histoire enseigne plus combien la perte et la mort sont quelque chose d’inévitable, que comment les éviter. De toute évidence, la quête d’invincibilité de Voldemort, par le biais de horcruxes, fut un amer échec. Voldemort a beau avoir sacrifié nombre d’innocents, il a échoué. On peut même considérer qu’il a couru à sa propre perte, en marquant Harry comme son égal, et en lui donnant toujours plus de moyens de le neutraliser. Contrairement à ce que le titre du roman indique, les reliques de la mort ne sont pas non plus une solution. Elles semblent être un moyen plus humain de maîtriser la mort et de devenir puissant, à tort. Dumbledore en a fait les frais, et il n’est pas le seul à avoir déçu Harry, en se montrant si individualiste et si peu prompt à se fier à autrui.

Même s’il est guidé par Dumbledore, Harry est le seul à comprendre que la mort ne peut être ni maîtrisée, ni évitée. Il est le seul qui est prêt à l’accepter et à marcher vers elle, afin que, comme dans le conte, elle puisse l’accueillir en vieille amie. C’est pour cela qu’il arrive à utiliser la pierre de résurrection et à revoir sa famille sous ses yeux : Lily, James, mais aussi Sirius et Remus. Harry refuse qu’un autre meurt pour lui et il est prêt à se sacrifier pour ses amis, et même tous ceux qui se battent à Poudlard. La réponse à la question qui nous occupe depuis un moment est tellement évidente, et pourtant, tellement oubliée par la plupart des gens... Harry parvient à passer outre la mort, parce qu’il se sacrifie pour ceux qu’il aime. De même que Lily, James, Sirius et Remus vivent en lui, parce qu’ils sont morts pour lui, et qu’il ne les oubliera jamais. Les sorciers eux-mêmes restent éternels grâce au souvenir de ceux pour qui leur cœur battait. La quête des reliques de la mort avait si peu de sens, que Harry préfère se séparer de la baguette de Sureau, après avoir réparé la sienne.

1. Attendre et espérer

Bien que de nombreux personnages perdent la vie, Les reliques de la mort n’est pas l’épisode le plus sombre de la saga. Le pardon, la rédemption, la seconde chance, sont tant de thématiques majeures dans le roman. Ce n’est pas seul que Harry parvient à vaincre Tu-sais-qui, mais grâce à Ron, Hermione, et tous ceux qui se sont battus pour lui. Lorsqu’il est isolé de tout, écouter l’émission de radio Potterveille, lui redonne du baume au cœur. S’il reste toujours aussi déterminé, c’est parce que les sacrifices passés n’ont pas été vains et qu’il continue à se battre pour ses parents, dont il va découvrir la sépulture, à Godric’s Hollow, non sans émotion. Sirius lui même a laissé son empreinte car Harry a la ferme intention de devenir pour Ted Lupin un parrain aussi attentionné que Sirius ne l’a été pour lui. Ron et Hermione n’ont pas traversé autant de disputes et d’épreuves pour rien, puisque la bataille de Poudlard est l’occasion pour eux de s’avouer enfin leurs sentiments, au moyen d’un baiser. Certes, Dobby perd la vie mais ce n’est pas n’importe où. C’est au manoir des Malefoy, ce qui lui donne l’opportunité d’obtenir sa revanche sur ses anciens maîtres, en tant qu’elfe libre. Neville lui-même, qui a toujours été rabaissé, agit en héros, en tranchant la tête de Nagini le serpent. Le roman apprend à surmonter le deuil, la désillusion, mais il apprend aussi et surtout qu’aucun sacrifice n’est vain, et que tout vient à point à qui sait attendre. Tout n’est qu’un cycle, de la même façon que Hagrid, qui a sorti un nourrisson des décombres de Godric’s Hollow, a ramené un adolescent qu’il croyait mort, vers le terrain de son triomphe.

Les Malefoy eux-mêmes ont droit à une seconde chance

2. Les bienfaits du pardon

Le message du roman est d’autant plus audacieux que ces chances ne sourient pas seulement à ceux qui l’ont apparemment mérité. Le roman accorde une place toute aussi importante au pardon, et à la rédemption qu’il peut entraîner. Qui aurait cru que Dudley puisse manifester de la peine, en disant adieu à Harry, et même de la gratitude à l’idée que son cousin l’ait un jour sauvé ? Qui aurait pu imaginer que la biche argentée était le patronus du professeur Rogue, qui, après avoir persécuté Harry pendant des années, lui offre ainsi une aide inestimable ? Au risque de passer pour un fou, Dumbledore a toujours offert une seconde chance à chacun et c’est précisément pour cela qu’il lègue à Ron le déluminateur, qui lui permet de retrouver Harry et Hermione, suite à leur dispute. Drago Malefoy et Queudver eux-mêmes surprennent Harry, au manoir Malefoy. Le premier refuse de révéler qu’il l’a reconnu, et le second hésite à l’attaquer, lorsque Harry lui rappelle qu’il a une dette envers lui. Certes, ces réactions sont en partie engendrées par la peur, mais le résultat est le même. Drago a fait gagner du temps à son rival de toujours. Et Queudver l’a épargné, au prix de son propre sacrifice, puisque la main argentée offerte par Voldemort, se retourne contre lui. Contre toute attente, les quatre maraudeurs se sont bel et bien sacrifiés, pour permettre à Harry de vivre. Et bien que Harry ait toujours agi de façon désintéressée, cela démontre qu’il avait eu raison d’épargner la vie de ceux qu’il avait toutes les raisons de haïr. Car il sauve aussi la vie de Drago. Si tel n’avait pas été le cas, il n’aurait pas été soutenu par l’amour maternel de Narcissa, lorsque celle-ci prétend qu’il est mort, dans la forêt interdite. Le roman nous apprend à ne pas désespérer. Après tout, Percy Weasley lui-même revient vers sa famille, avant la fin. Et Kreattur, qui détestait Harry et ses amis, finit par éprouver une loyauté indéfectible à leur égard. Harry a su lui pardonner sa responsabilité dans la perte de Sirius, et provoquer, de façon désintéressée, la loyauté de l’elfe de maison.

Lily et Severus, enfants

Bilan : une ode à l’amour désintéressé

Nous arrivons à la fin de cette analyse, mais ne croyez-pas que j’ai oublié l’un des personnages les plus emblématiques de cette saga, et, par la même, l’un des destins les plus tragiques. Au contraire des personnages que je viens de citer, Severus Rogue n’accède à une forme de rédemption, du moins aux yeux de Harry, qu’après sa mort. Grâce à la pensine, Harry découvre que James et Rogue se sont haïs dès leur premier trajet dans le Poudlard Express, tout comme lui et Malefoy. Par dessus-tout, il apprend que Lily était l’amie de Severus, et que celui-ci l’aimait de façon passionnelle. La question n’est pas tant de faire passer Rogue pour un héros. Après tout, celui-ci aurait été prêt à sacrifier James et l’enfant, afin de préserver Lily. En outre, il tient à ce que cet amour, autrement dit ce qu’il y a de meilleur en lui, demeure à jamais secret. La question est de montrer une autre forme de courage et une autre forme de sacrifice, pour la personne aimée. Rogue était prêt à tout pour Lily, et par extension, pour garder son fils en sécurité. Son meurtre est particulièrement brutal. Il est ironique de constater qu’il périt dans la cabane hurlante, à l’endroit-même où Sirius lui avait fait une plaisanterie fatale, et où James l’avait sauvé. L’auteure, par le biais de Dumbledore, s’est toujours moquée de toute forme de croyance envers la destinée ou quelque fatalité. Le professeur Trelawney elle-même finit par jeter ses boules de cristal, afin de frapper ses ennemis, lors de la bataille finale. Les boucles qui se ferment de manière cyclique n’en sont pas moins omniprésentes, dans la saga, et en particulier dans ce dernier opus. L’épilogue, que d’aucuns jureraient trop proche d’une fin de conte de fée, n’est pas dénué de sens pour autant. Ce n’est pas un hasard si Harry baptise son deuxième fils Albus Severus, et lui explique que Rogue a été l’un des hommes les plus courageux qu’il ait jamais connus. Le roman fait finalement peu mention de Rogue, après son meurtre et le passage de la pensine. C’est une façon de réhabiliter son nom, et de lui permettre de continuer à exister, après sa mort. C’est en se sacrifiant pour Lily, puis pour Harry, que le nom de Rogue a eu accès à l’éternité.

« N’aie pas pitié des morts, Harry. Aie plutôt pitié des vivants et surtout de ceux qui vivent sans amour. »

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