Les destins des différents protagonistes de la saga se croisent
Kingdom Hearts est un jeu que j’attendais depuis dix ans. Je me souviens avoir passé de longues heures sur Kingdom Hearts, premier du nom, ainsi que sur sa suite, à l’époque de la PS2. C’est avec nostalgie que je me rappelle la frustration que j’éprouvais de ne pas pouvoir jouer aux différents spin-offs de la saga, simplement parce que je n’avais pas les consoles adaptées. Mon troisième coup de cœur pour la saga arriva quelques années plus tard, alors que je cédai pour la PSP. Et c’est heureux car Birth by sleep est un très bon épisode, en plus de faire le récit de la mythologie de l’univers. Pendant dix ans, au rythme des différentes annonces faites à propos d’un potentiel Kingdom Hearts III, j’ai pris mon mal en patience. A une époque, j’avais peur de ne pas pouvoir y jouer car je ne possédais pas de PS3 ! La conception du jeu prit tant de retard et se fit tellement désirer qu’il m’a fallu attendre le 25 janvier 2019 pour poser la main dessus. L’émotion était à son comble, je vous prie de me croire, d’autant que j’attendais le jeu pour le 29 janvier seulement.
Pour autant, attendais-je un jeu parfait ? Certes non. Je sais pertinemment quels périls existent lorsqu’un jeu met autant d’années à être conçu. Square Enix commence à en faire une habitude, entre Final Fantasy XV ou le potentiel remake de Final Fantasy VII… L’une de mes principales craintes était que la narration soit à la ramasse, par rapport à ce qu’on nous propose aujourd’hui. Et quoiqu’il en soit, il est toujours périlleux pour un jeu de susciter autant d’attente. Les joueurs mettent la barre de leurs espérance tellement haute qu’il y a de fortes probabilités qu’ils soient déçus. Or, il n’est pire détracteur ou ennemi d’un jeu, qu’un fan déçu. On en était même au point que certains menacent de ne pas y jouer, car il n’y aurait pas de doublage français ! Pour ma part, bien que les doublages français de Kingdom Hearts aient bercé ma jeunesse, je n’y étais pas plus attaché que cela. Mais rentrons dans le vif du sujet, voulez-vous.
Vous oseriez attaquer Dingo, vous ?

1. Qu’est-ce que ça raconte ?

L’histoire de Kingdom Hearts III débute avec Sora, Donald et Dingo, qui partent découvrir de nouveaux mondes, afin de – notamment – retrouver l’intégralité de leurs capacités. Le joueur aura l’occasion de retrouver des mondes connus, tels la Cité du Crépuscule, L’Olympe (Hercule), Les Caraïbes (Pirates des Caraïbes) ou encore La Forêt des rêves bleus (Winnie l’ourson). Mais il lui sera aussi permis de visiter des mondes inédits, majoritairement inspirés de succès Disney récents, ou de productions Pixar. Au programme, Sora aura l’opportunité de combattre aux côtés de Raiponce, des jouets de Toy Story, des affreux de Monstres&Cie, des Nouveaux Héros, mais aussi et surtout… La tribu de la Reine des neiges.
Constatant que les mondes Disney étaient majoritairement privés de chansons, je pensais sincèrement pouvoir échapper à « Libérée, délivrée »... Mais que voulez-vous ? Il m’arrive parfois de me tromper !
Tous ces périples n’ont pour vocation que de préparer Sora à l’affrontement final. Il s’agit d’une bataille confrontant les sept porteurs de keyblade « lumineux », aux treize agents des ténèbres. Les éclats de cette bataille permettront de reforger la keyblade permettant d’ouvrir les portes de Kingdom Hearts.

Après dix ans passés dans les ténèbres, Aqua est devenue Seigneur Sith

2. Une tentative d’unifier les différents opus de la saga

Après avoir terminé ce troisième opus, les intentions des scénaristes me semblent claires : ils souhaitaient mettre un point final à l’arc lancé et enrichi par une folle quantité de jeux et de personnages.
En tout, au moins huit épisodes sont sortis entre 2002 et 2012. Aux deux premiers opus principaux s’ajoutent Chain of Memories (une transition entre le 1 et 2), 358/2 Days (suivant les traces de Roxas), Birth by sleep (préquel de la série), Coded et Dream Drop Distance (où Sora et Riku s’entraînent en attendant le retour de Xehanort). N’oublions pas le très bref Birth by sleep, a fragmentary passage, qui donne un aperçu du séjour d’Aqua, dans les ténèbres.
Il faut admettre que cela fait beaucoup d’histoires annexes, de personnages inédits et tout simplement d’informations à assimiler. Essayer de clôturer l’histoire de tous ces opus, dans un même jeu, était un pari risqué, qui, forcément, en perdra plus d’un.
Personnellement, je n’ai fait que deux des spin-offs en entier, qui sont, heureusement, les plus importants pour comprendre l’intrigue du III : il s’agit des deux Birth by sleep. Par conséquent, plusieurs détails m’ont échappé, bien que ça ne se soit pas avéré gênant pour la compréhension globale de l’histoire. A vrai dire, je n’aurais même pas tendance à déconseiller le jeu à un néophyte. Comme beaucoup se plaisent à le souligner, l’histoire devient de toute façon assez incompréhensible, même pour des fans avertis.

Ce n’est pas tant que l’histoire est compliquée, mais les personnages sont devenus tellement nombreux (au point de se dédoubler) ou les choses sont devenues tellement alambiquées que le scénario n’est pas le point fort de ce Kingdom Hearts III.
Très honnêtement, il ne faut pas faire le jeu pour l’histoire des porteurs de la keyblade. Je ne cacherai pas que l’acte final m’a émoustillé, voire m’a parfois ému, notamment lorsque certains personnages que j’aime sont réapparus.
J’ai néanmoins le sentiment d’être resté sur ma faim.
Le grand final n’a pas été l’apothéose que j’attendais. Et il y avait tellement de fils à dénouer, de chapitres à clôturer, en si peu de temps ; qu’il n’aurait pu en être autrement. Finalement, essayer d’en finir avec cet arc était la meilleure chose que pouvait faire Square Enix pour l’avenir de la saga, qui a sous doute un grand intérêt à se renouveler. A se renouveler, tout en retournant un peu aux sources.

Entre introduire Cloud Strife et Olaf, le choix est vite fait !

3. Un jeu parfois mal dosé

Malheureusement, cette marée de personnages Disney et Kingdom Hearts n’a laissé aucun espace à ceux de Final Fantasy. Et cela n’est pas une hyperbole. Il n’y a strictement aucun personnage de l’univers Final Fantasy, ce qui est tristement dommage pour une franchise qui repose sur le crossover improbable entre deux univers.
A ce niveau, je me suis senti lésé et ce ne sont pas quelques easter eggs placés ici et là, ni même l’ambiance empruntée aux jeux Final Fantasy, notamment lors du combat final ; qui m’ont réconforté.

Je voudrais dire que ce too much de l’histoire est le seul point négatif, mais j’ai aussi un problème avec la façon dont elle est narrée. Bien que j’adore Kingdom Hearts II, je l’avais déjà moins apprécié que le premier, à cause de son aspect un peu plus linéaire, et sa quantité astronomique de cinématiques.
Les cinématiques ont beau être belles et intéressantes, on éprouve encore le sentiment d’être lésé lorsqu’elles sont aussi nombreuses et fréquentes. A titre d’exemple, lorsque l’on combat contre trois boss, le combat est interrompu par une cinématique à chaque fois que l’un des boss est vaincu. Certes, une part de moi accueillait gaiement les adieux avec tel ou tel ennemi, mais l’autre était un tant soit peu frustrée.
Et finalement, tout se termine paradoxalement tellement vite qu’on peine à être ému par le destin final de certains personnages. Au risque de me répéter, je n’ai pas été spécialement convaincu par la quête principale et par le final de Kingdom Hearts III. Ce qui ne m’empêche pas d’attendre une suite au tournant, puisque cela a clairement été annoncé par les fins cachées.

Axel espère que vous appréciez les cinématiques, car vous allez en souper !

4. Entre défauts et excellence

Mon avis peut vous paraître mitigé, voire négatif, surtout venant de quelqu’un qui attend ce jeu depuis dix ans, avec ferveur. Je tenais simplement à être honnête et à mettre le doigt sur les défauts du jeu, qui a clairement des années de retard en terme de narration.
Que ça soit dans la façon dont c’est raconté, ou dans l’écriture des dialogues, le jeu a déjà pris un coup de vieux. Et c’était prévisible, à cause de son temps de conception, et de la foule d’informations qu’il avait à traiter. Or, c’est sans doute parce que je m’y attendais, que j’ai néanmoins suivi l’histoire avec plaisir.

Le jeu n’est pas exempt de défauts. On peut aussi citer les voyages en vaisseau gummi, qui n’ont pas tant évolué que cela, et qui m’ont laissé de marbre. Mais pour la défense du jeu, je n’ai jamais vraiment apprécié ces phases de gameplay de la saga.
Je regrette aussi que les mondes soient assez inégaux. L’univers qui m’a le plus déçu et sans doute celui des Nouveaux Héros. La ville de San Fransokyo est cruellement vide.

Pourtant, j’ai passé environ 70 heures sur ce jeu. J’ai eu envie de débloquer le trophée platine. A vrai dire, je n’avais pas envie de le quitter, tant qu’il me restait la moindre chose à accomplir.
Jouer à Kingdom Hearts III, en dépit de ses défauts, a été pour moi comme un rêve de réalisé. Le jeu m’a permis de m’évader, de me défouler sur des sans-cœur, mais aussi de me laisser enchanter par les univers Disney, voire de me laisser émouvoir. Il m’a fait rager, (plus à cause des mini-jeux que des boss somme toute faciles à vaincre) ; il m’a aussi émerveillé grâce à la beauté de certains paysages.
Kingdom Hearts III n’est pas parfait. Loin de là ! Mais un jeu qui fait ressentir autant d’émotions et de sensations, même si elles sont en partie provoquées par la nostalgie, ne peut être qu’un bon jeu.

Le fait que Davy Jones (Pirates des Caraïbes) puisse subsister sans son cœur interpelle les membre de l’Organisation

5. Une direction artistique qualitative

Ses deux atouts majeurs sont sans doute sa direction artistique et son gameplay.
Bien que les graphismes ne soient pas révolutionnaires, j’ai été enchanté par certains mondes, à commencer par les forêts enchantées de Raiponce, les monts enneigés de la Reine des Neiges, mais aussi et surtout les mers déchaînées des Caraïbes.
Cet univers a sans doute été mon plus gros coup de cœur, et ça n’a finalement rien à voir avec mon affection pour les films. J’avais la sensation d’être dans un petit monde ouvert, dans lequel je pouvais améliorer mon navire et visiter un nombre intéressant d’îles et tréfonds sous-marins, à la recherche de trésors. Les batailles navales étaient tout aussi bienvenues, et ce combo m’a rappelé le gameplay de Assassin’s Creed : Odyssey, même si ce n’était pas aussi abouti.
Je peine à comprendre les critiques qui qualifient le jeu de redondant. Les mondes ont des choses tellement différentes à proposer, en terme de paysages, de façon de se déplacer, et même de mini-jeux ! Certes, les combats contre les sans-coeur et autres similis sont légion, mais après tout, Kingdom Hearts III est un action-RPG.

Sora change d’apparence selon le monde qu’il visite. (Monstres&Cie)

6. Un dynamisme des combats jouissif

Ce point me permet d’aborder le deuxième gros atout du jeu. J’ai rarement participé à des combats aussi dynamiques et variés. Aucun ne se ressemblait, grâce à la souplesse de Sora, capable désormais de se déplacer à la verticale ; mais aussi à la quantité énorme d’attaques spéciales ou en équipe.
Outre les invocations et les attaques faites de concert avec Donald, Dingo ou un autre allié ; Sora est capable d’invoquer une attraction inspirée de DisneyLand pour contrer ses ennemis ; ou encore de changer de keyblade, en plein combat. Il faut préciser que les keyblades, issues des différents univers, possèdent toutes des capacités et des coups spéciaux différents. Et si vous n’êtes pas amateur de combats bourrins à l’épée, vous pouvez toujours vous replier sur la magie, qui n’est pas en reste.
Les combats étaient ultra-dynamiques, et funs au possible, bien que l’on puisse regretter que le niveau standard ne présente pas plus de défi.

« Tu aimes les omelettes ? Tiens, je te casse les œufs. »

7. Une multitude de mini-jeux

Enfin, le gameplay est aussi varié grâce à une énorme quantité de mini-jeux et de défis à réaliser, surtout si – comme moi – on traque les trophées.
Tout d’abord, que serait un jeu sans collectibles ? J’ai dû détecter pas moins de 90 têtes de Mickey, appelées emblèmes fétiches, dissimulés dans les mondes, afin de les prendre en photos. Ils étaient parfois bien cachés, dans la mesure où tout n’était parfois affaire que de luminosité et de perspectives. Je me suis réconforté en me figurant qu’ils étaient tout de même plus faciles à repérer que les corbeaux d’Odin, dans un certain God of War...
Le jeu refoule de trésors ou encore de matériaux à trouver, afin de pouvoir créer des objets dans l’atelier des Mogs (rares rescapés de l’univers Final Fantasy). Je peux aussi citer les mini-jeux propres aux univers Disney, comme la luge alpine de la Reine des Neiges, ou la danse festive de Raiponce. Il y a même des mini-jeux en 2D installés sur le gummiphone de Sora.
L’un des mini-jeux m’ayant le plus marqué est sans doute celui inspiré de Ratatouille. Il n’était pas évident de trouver tous les ingrédients possibles, puis de préparer l’ensemble des plats du menu avec excellence ; je vous prie de me croire !
Le moins que l’on puisse dire est que Square Enix ne s’est pas moqué de nous, au moins en terme de dynamisme et de variété du gameplay. Explorer des décors à la verticale, utiliser des attaques spéciales aussi variées, et enfin, tester ces nombreux mini-jeux, a été un vrai plaisir.
Mon seul regret est qu’ils n’aient pas intégré de véritables quêtes annexes, qui auraient rendu les mondes plus vivants et interactifs. Elles auraient en outre pu permettre de croiser des personnages Disney, ou issus de Final Fantasy !

Un artwork d’un combat se déroulant à San Fransokyo (Les nouveaux héros)

Bilan

Somme toute, Kingdom Hearts III est l’un de ces jeux que l’on termine avec regret, et qui laisse un certain vide. Ou alors, l’envie de se relancer dans les anciens opus !
Certes, le jeu aurait gagné à ne pas être une simple conclusion d’un nombre trop imposant de spin-offs, ou alors à être sorti plus tôt. S’il était sorti, tel quel, il y a quelques années, il aurait peut-être davantage fait l’unanimité auprès des fans. Son principal souci est de peiner à imposer son identité, entre la multitude d’univers, de personnages présents, mais aussi à cause du contraste entre une narration désuète et un gameplay dynamique.
Au reste, malgré ses défauts, j’ai passé un excellent moment dessus ; et je gage que cela pourrait aussi être votre cas. J’en ai presque oublié de préciser que le jeu doit énormément à sa bande originale magistrale, même si la plupart des thèmes sont inspirés de l’univers Disney, ou d’épisodes précédents.

Pour finir, j’espère que ce nouveau test du Gaming Challenge, fait de concert avec Hauntya et Tokhrane, vous a plu !

Les plus

Les moins

On découvre les mondes Disney ou Pixar avec un vrai plaisir. Les Caraïbes sont particulièrement géniales à explorer.

Les paysages, la direction artistique et la colorimétrie sont de type qualitatif !

Les combats proposent des attaques si variées, et un dynamisme tel, qu’ils en sont jouissifs.

Les mondes regorgent de mini-jeux.

Des musiques toujours aussi magnifiques.

Le jeu tente d’apporter un point final à l’arc Xehanort, constitué d’une multitude de spin-offs. L’histoire tend à s’éparpiller. Fans, comme néophytes, peuvent se sentir lésés.

Un crossover Disney/Final Fantasy… Sans le moindre personnage de Final Fantasy !

La narration est quelque peu désuète. Par exemple, pourquoi ne pas avoir intégré des quêtes annexes, qui auraient notamment permis l’introduction de personnages Disney, ou Final Fantasy ?

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